Carte Blanche à Jal Kerhel (10 janvier 2026)
Cartes Blanches
Mon Jean-Jacques.
J’ai 54 ans et Jean-Jacques Goldman a été une ancre pendant mon adolescence. Je me suis raccrochée à ses chansons, à sa personne. Mon cœur avait besoin d’amour et j’ai reçu une vague en plein visage à 14 ans. Il y a donc 40 ans, au Noël de 1985. La première fois que Goldman croise ma route c’est à la télé, je suis devant "les Jeux de 20h" sur FR3.
A l’époque, je regarde la chaîne que mes parents imposent. 1984, tu choisis pas. Je vois donc ce chanteur, que je ne connais pas, déambuler en chantant "Envole-moi". Mais ce qui me choque, c’est le public. Parqué derrière des barrières, je vois les gens tendre les bras, attraper le blouson de cuir noir que porte Jean-Jacques Goldman. Ça s’agrippe fort et le chanteur se dégage d’un coup d’épaule avec le sourire. Ça crie aussi. Ce que je vois m’interpelle, je me demande qui ça peut être pour que la foule réagisse ainsi.
Le temps passe et l’été suivant je vais en colonie de vacances. Au retour, dans le bus, j’entends "Je marche seul" et je me dis j’aime bien. Pas de quoi m’enflammer non plus.
A la maison, la musique c’est Pierre Bachelet, La Compagie Créole, Linda De Souza et Carlos. Pas de quoi tomber dans la musique. Ma mère n’aime pas spécialement la musique. Elle a une chaîne hi-fi, 10 Vinyles et une radio branchée sur RTL pour tenter de gagner La Valise.
Arrivent les vacances de Noël, une camarade de classe me demande si je veux la K7 "Non homologué " pour les vacances. J’accepte et il est convenu que je la lui rende à la rentrée, en janvier. Par chance, je reçois LE cadeau de ma vie par une tante, un walkman Sony. J’y glisse donc la K7. J’écoute une fois, puis 2, puis 3… Puis 1 000.
Je découvre un univers, une voix, un son, des paroles. La K7 fume, elle tourne en boucle. Ma mère devient folle, elle dit que je vais devenir sourde à force d’avoir mon walkman sur les oreilles toute la journée. Je tombe en amour total de Jean-Jacques . Je ne rends pas la K7.
1986… Plus rien d’autre ne compte. Tout l’amour que je lui porte, car je pense que c’en est, me submerge. J’achète tout ce qui le concerne. Du moins tout ce que je peux avec mon argent de poche. J’écris des pages et des pages dans des journaux en lui hurlant mon amour. Je fugue pour aller le voir en concert à Nantes. Il faut que je le voie, c’est viscéral.
Au collège, je n’ai même plus de prénom, on m’appelle "Miss Goldman", Je danse "Pas toi" à la kermesse.
Tout le monde sait. C’est un raz-de-marée. Une déflagration. La pièce du puzzle qui manquait à ma vie.
Je suis une fanatique, j’ai la "Godmania aiguë" et j’en suis fière. Je ne fais plus rien à l’école parce que de toutes façons, plus tard, je veux faire comme lui. Je veux chanter, écrire, faire de la musique. Moi aussi je veux la scène, je veux le public, je veux l’amour, la notoriété. J’ai 15 ans.
Rien d’autre ne compte.
L’anecdote la plus marquante de cette époque, c’est en cours de français. La professeure fait classe, tout le monde l’écoute et elle conclut son cours en disant ; " C’est ça, vivre sa vie par procuration". Et là, en une fraction de seconde, toute la classe se tourne vers moi et j’ai donc 30 paires d’yeux qui me fixent. La prof s’interroge : "Qu’est-ce qui se passe ?" Rien que l’évocation d’une chanson de Goldman me rend complètement folle et j’ai le cœur qui cogne jusque dans mes tempes.
Comme chanteuse n’est pas un métier en 1988, je deviens coiffeuse par obligation en entrant en apprentissage.
Tous mes petits copains sont jaloux et entre JJG et eux, mon choix se fait vite.
Je suis coiffeuse mais l’idée de faire de la musique ne me lâche pas. Et puis je le rencontre, lui, le musicien à la recherche d’une chanteuse pour son orchestre. Je me présente au "casting" sans prétention. Je suis prise. Je chante sur scène…
Je croise une ancienne copine de collège dans un supermarché… Alors, qu’est-ce que tu deviens... blababa... "Je suis chanteuse"… "Mais nooon, c’est pas vrai, dit-elle, tu fais comme Goldman ? Au fait , t’es toujours fan ?" Ben évidemment !!!
Je sors mon premier album en 2002. Ce sera le seul. La semaine, je travaille, et le week-end je suis sur scène. Je me dis que Jean-Jaqcues aussi faisait pareil… Je sais que je ne serai jamais célèbre… Passée 40 ans, au moins j’imagine, je n’aurai jamais mon nom dans les magazines…
Je perds mon boulot en 2011… Je ne monte plus sur scène non plus. Je prends une année pour savoir où je dois aller. Je ne sais plus, je suis perdue… Je me mets à la photo. Je fais de très belles rencontres et notamment, les musiciens de JJG… Et j’ai même le privilège de partager la scène avec eux le temps d’une chanson et d’entendre le très regretté Claude Le Péron dire "Dis donc, elle chante drôlement bien, Jal".
Je monte mon groupe et j’écume le secteur pendant plus de 10 ans… 700 Concerts. Personne ne me reconnaît, et ça me va très bien. Je ne cherche plus la notoriété, ni même l’amour à outrance.
Aujourd’hui, par manque de lui, je vais écouter les covers. J’écoute ses 33T. Il est toujours mon ancre. Il est ma nostalgie heureuse. Je n’ai jamais eu la chance de le rencontrer, c’est dommage, mais ai-je vraiment tout fait pour ?
Et qu’aurai-je à lui dire à part "Merci"… Merci pour les émotions que j’ai ressenties. Merci pour l’amour. Merci pour le bonheur à chaque note. Merci quoi, tout simplement. Alors, sache que… je.
