Carte Blanche à Jimmy Bregy (14 avril 2026)
Cartes Blanches
Too Long The Road
Artiste complet et passionné, Jimmy Bregy brille par sa polyvalence unique en mêlant avec brio le théâtre, le chant et une écriture créative qui touche droit au cœur. Il a su conquérir un large public grâce à son humour fin et ses détournements ingénieux de la chanson française, rendant un hommage vibrant et original aux plus grands interprètes du patrimoine musical. Son authenticité et sa générosité font de lui un créateur solaire dont le talent multiforme n'a pas fini de surprendre et de réveiller les sourires.
J’ai longtemps essayé d’analyser pourquoi les chansons de Jean-Jacques Goldman avaient autant d’impact sur mon existence. Pourquoi, dès les premières notes de chacune de ses chansons, dès l’écoute de ses mots d’une délicatesse infinie, nés du velours de la voix d’un interprète qui ne cherche pas à éclabousser de virtuosité ses chanceux auditeurs, pourquoi ma peau réagissait automatiquement avec des frissons tout le long de mon corps en faisant instantanément chavirer mon cœur.
Peut-être parce que j’écoutais en boucle "Chansons pour les pieds", son dernier album studio et le premier que découvrait le gamin que j’étais.
Je me souviens d’avoir dévoré le livret qui accompagnait le disque, fasciné par les dessins de Zep, le papa de Titeuf et forcément idole de toute ma génération. Ces illustrations accompagnaient à la perfection - et étaient sublimées par - les morceaux de cet artiste qui ne me quittera plus dans chacun des instants de ma vie.
Il est rare, presque impossible, de trouver quelqu’un dont on se sent aussi proche sans pourtant le connaître, et d’aimer l’intégralité de son répertoire. Quand je parle de l’intégralité, ce n’est pas une grossière exagération pour m’arranger avec la réalité.
J’aime non seulement chacun de ses albums, mais aussi chacune de ses chansons. Bien sûr, pas avec la même intensité ni les mêmes émotions, mais il n’y en a aucune (je répète : aucune) qui n’ait trouvé un écho tout particulier au creux de mon oreille parmi toutes celles qu’il a écrites, composées et interprétées lui-même.
J’ai mis du temps pour en savourer certaines, comme "Veiller tard". Peut-être l’ai-je comprise très tard justement. Ou plutôt ressentie. Je crois qu’il y a des mots qui nous bouleversent parce qu’ils correspondent à des périodes précises, à des heures parfois éphémères, mais qui, dès lors qu’ils nous touchent, viennent graver une tendresse enrobée de nostalgie pour l’éternité.
C’est ainsi que j’ai associé l’introduction cinématographique de 2m28 de "Tournent les violons" à des images inoubliables générées par mon cerveau enfantin et déjà musico-cinéphile.
Pour "Je voudrais vous revoir", c’est plus flou : comment ces paroles ont-elles pu envoûter mon âme de façon si prématurée, bien avant que j’en comprenne plus précisément l’urgence de vivre qui en découle et l’importance de créer et de se remémorer nos plus beaux souvenirs ? Une chose est certaine : je n’ai jamais pu l’écouter sans avoir les yeux embués, lorsque ce n’était pas une irrépressible inondation lacrymale (Il y a fort à parier que ce grandiose final instrumental porté par le son des cornemuses ait une grande part de responsabilité dans ce tourbillon émotionnel sans cesse renouvelé).
Quant à cet "orgueil ordinaire du ‘nous deux, c’est différent’", voilà une phrase aussi magnifique que réaliste pour tous les inconditionnels de JJG qui ressentent comme moi ce lien si fort, et pourtant indescriptible, qui nous relie à son auteur.
Il paraît qu’il ne faut pas rencontrer ses idoles. Le risque serait d’être déçu à coup (quasi) sûr en se confrontant à une réalité qui viendrait effriter le rêve. Jean-Jacques lui-même aime à dire que "les chansons sont souvent plus belles que ceux qui les chantent". Il a sans doute raison pour une immense majorité d’artistes.
Ayant pu me faire mon propre avis à ce sujet, je peux vous affirmer combien cette phrase ne le concerne pas. Pour l’avoir vu si délicat, si à l’écoute, prenant un temps précieux au beau milieu de la nuit pour d’hasardeux privilégiés qui ont eu le bonheur de croiser sa route après un concert des Enfoirés, rien n’aurait pu décevoir les admirateurs qu’ils étaient - que nous étions.
On est déçu lorsque tout est feint, lorsque tout est faux. On peut ne pas aimer Jean-Jacques Goldman ou sa discographie, mais il me semble impensable de lui reprocher un quelconque manque d’authenticité. Il ne m’a semblé être animé que par du vrai, par une réelle sensibilité et par une immense humilité (mot qu’il réfuterait peut-être, mais que je crois vraiment à-propos le concernant).
Je pourrais continuer des heures à vous passer en revue ses chansons, de "Parler d’ma vie" à "Quand tu danses", sans oublier les chœurs et harmonies d’ "Il y a", le leitmotiv musical endiablé de "Compte pas sur moi", les changements d’ambiance d’ "À quoi tu sers ?", la fausse candeur si touchante de "Reprendre c’est voler", les solos de guitare magistraux de "Peur de rien blues", le violon déchirant de "Natacha" ou encore l’atmosphère planante des quatre minutes finales d’ "En passant" qui me collent des torrents de frissons rien qu’en les imaginant à nouveau.
Je n’oublierai pas non plus les albums avec Carole Fredericks et Michael Jones, qui contiennent des morceaux d’anthologie, dont "C’est pas d’l’amour", aux allures de road trip californien que j’écoute en voiture sur les routes ensoleillées, "Tu manques", que j’écoute dans mon lit lors de nuits inhabitées, "Juste après" qui me cueille à chaque fois que la voix de Carole résonne, notamment sur la version live (juste) après sa disparition, "Serre-moi" qui me sert de doudou pour réconforter mes insomnies, "Fermer les yeux" qui me regonfle de vie et vient apaiser ma mélancolie "quand la peine est trop lourde, quand le monde est trop laid, quand la chance est trop sourde, la vérité trop vraie"…
Et puis "On n’a pas changé" pour sa liberté, "Né en 17 à Leidenstadt" pour son essentialité, "Nuit" pour son texte absolument parfait, "Des vies" pour ses réminiscences Dire Straits-isées…
En 2013, je suis candidat de l’émission "N’oubliez pas les paroles !". Faut-il y voir une simple coïncidence ou un coup de chance d’une bonne étoile ? Sa diffusion à la télévision ne fut autre que le 11 octobre. Il se pourrait que quelqu’un soit justement né ce jour-là…
Plus tard, ma passion pour la chanson française m’a donné envie de créer une pastille humoristique autour des répertoires de différents artistes en imaginant leurs quotidiens décalés et totalement absurdes. Déjà, parce qu’on ne parodie que celles et ceux qui cartonnent, et puis parce que derrière l’humour, les doses de tendresse sont évidemment omniprésentes.
Je ne pensais d’ailleurs pas que ce concept durerait longtemps. Ma première vidéo fut consacrée à Francis Cabrel, un autre poète aussi géant que discret. Je me suis dit que j’allais en faire une autour de l’œuvre de Jean-Jacques, pour toutes les raisons que vous pouvez découvrir tout le long de ces interminables paragraphes.
J’étais persuadé que j’allais m’arrêter après lui, mais il se trouve que c’est justement cette pastille qui a rencontré un large public et qui m’a donc donné envie de poursuivre l’aventure. C’est donc "Quelque part, quelqu’un" qui est à l’origine du succès de ces vidéos… car qu’on ne s’y trompe pas : sans les artistes parodiés, elles n’auraient ni saveur ni intérêt. Et l’amour du public pour cet homme à part est si grand que je lui dois les imprévisibles performances d’un format qui a dépassé toutes mes espérances.
Forcément, les clins d’œil à JJG sont partout, jusqu’au tee-shirt que je porte lorsque je "l’incarne", lui ou Céline Dion d’ailleurs, puisqu’ils sont aussi complémentaires qu’indissociables (et à l’origine de l’album francophone le plus vendu au monde, s’il était nécessaire de le rappeler).
J’ai aimé aller piocher dans ses albums certaines pépites méconnues, car si j’aime éperdument ses innombrables tubes, ce sont aussi et surtout des morceaux plus "confidentiels" et plus intimes qui n’ont eu de cesse de m’accompagner "au quotidien".
Imaginez ma joie lorsque des adolescents, jeunes (ou moins jeunes) adultes sont venus me remercier pour leur avoir fait découvrir certaines chansons dont ils ignoraient totalement l’existence ! Ce concept aura donc au moins servi à initier une sorte de passage de flambeau Goldmanien intergénérationnel, à mon plus grand bonheur.
C’est donc peu dire que j’ai toujours des paroles de Jean-Jacques avec moi. Parce qu’il a des phrases qui font l’écho de mantras, certaines très simples et pourtant jamais simplistes, de celles qui nous animent et réaniment parfois. Comme de doux électrochocs.
Alors je terminerai par ces mots que j’aime tant (et qui sont évidemment les siens) :
"Trêve de discours : Y’a rien de pire que l’amour… Sauf de ne pas aimer."
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