Confidences : Jean-Jacques Goldman et Daniel Balavoine (2025)
Confidences
Daniel Balavoine, je l'ai connu du temps des bals. Il était dans le groupe "Présence" et moi dans le groupe "Phalanster". Tout ce qu'il a écrit et chanté restera, c'est une certitude, mais ce qui va nous manquer, c'est lui. C'est le chanteur français qui avait le plus de projets ambitieux et il les aurait réalisés.
L’album le plus important de Daniel, c’est, je pense, l’avant-dernier, "Loin des yeux de l’Occident", qui était vraiment un tournant et le début de son épanouissement et où il commence à faire tout ce qu’il voulait sans contingence commerciale parce qu’il existait déjà très fort et suffisamment pour ne pas faire de concession et celui-là était le prolongement de ce tournant. Il était effectivement plus épanoui et il profitait de l’expérience du précédent. Mais ce que l’on peut dire et que je trouve le plus important, c’est lorsque l’on prend le premier album de Balavoine et le dernier il y a une continuité. Il y a beaucoup de chanteurs qui changent en fonction des modes, lui il a changé avec l’évolution de la technique car il était très branché là-dessus, sur les nouveaux instruments. Sa musique évoluait avec son temps, c’était un chanteur qui n’était pas figé. En revanche, dans l’intention, dans le style, dans l’originalité, il y a une grande unité entre le premier album, "De vous à moi en passant par elle", et ensuite "Le mur de Berlin", jusqu’au dernier et cela s’est aussi une preuve de sincérité et de talent.
Studio 1 (Europe 1, mars 1986, propos recueillis par Michel Drucker)
"Confidentiel" est une chanson qui ne parle pas d’un mort au départ, mais elle raconte une rupture avec quelqu’un. Beaucoup de gens ont pensé que je m’adressais à quelqu’un de vraiment disparu et je m’en suis rendu compte à cause de certains mots. Comme je ne savais pas quelle chanson j’allais chanter, puisque je ne voulais pas chanter "Je te donne" à "Champs-Élysées" et que je n’avais pas envie de me marrer en chantant une chanson, j’ai changé quelques mots de façon à ce que ce soit plus précis et destiné à ce cas-là.
Studio 1 (Europe 1, mars 1986, propos recueillis par Michel Drucker)
A Biarritz, les gens étaient en deuil, et ce n'était pas du spectacle. Toutes générations confondues, la France a rendu un hommage très digne à l'un des derniers compagnons de l'aventure...
La revanche de Jean-Jacques Goldman (publication inconnue, 1986, propos recueillis par Claude Corse)
[J'ai rencontré Daniel Balavoine] à Wembley à l'occasion du concert pour l'Ethiopie. Nous y avions été invités par RTL.
Daniel ne calculait pas. Je suppose qu'il a toujours eu une attitude de leader, extraverti et prosélyte, tandis que moi, j'ai toujours été effacé, même à l'école.
Il est de la génération née dans les années 50, en rupture avec la chanson traditionnelle française, avec des références presque exclusivement anglo-saxonnes puisées dans les transistors et les groupes de rock qui animaient les bals. Il était l'un des plus avancés sur le plan du son. C'est encore plus net aujourd'hui. Ses morceaux "sonnent", alors que beaucoup de chansons enregistrées à cette époque ont vieilli.
Le groupe Taï Phong était "admis" par le monde rock. J'y ai compris le système de valeurs, les clés pour être accepté - qui ont d'ailleurs peu à voir avec la musique elle-même. Daniel pensait pouvoir convaincre avec des preuves : disques, concerts. Ça m'amusait un peu. Nous en parlions. J'avais essayé de lui expliquer qu'il s'agissait plus d'une attitude que de musique, de ce qu'on ne fait pas plus que de ce qu'on fait. En schématisant, qu'il fallait choisir entre l'amour des gens, sa relation avec le public et la reconnaissance rock. Pour ma part, mon choix a toujours été clair.
C'est "Je te donne" qui était programmée depuis longtemps. Je n'avais plus envie de chanter cette chanson gaie. Ils ont très bien compris. Nous avons convenu de simplement chanter "Confidentiel" en fin d'émission. Beaucoup de gens m'avaient demandé auparavant si cette chanson avait été écrite pour un disparu. Ce n'était pas le cas. Je terminais déjà mes concerts ainsi au Zénith, où Daniel était venu me voir.
Je crois que toutes les personnes qui ont une audience, impriment, laissent une trace. Peut-être que la mienne a été dans le même sens que des gens comme Berger, comme Balavoine, peut-être comme Voulzy.
La Première, 17 décembre 2001, propos recueillis par Jean-Pierre Hautier