Les Confidences de Jean-Jacques Goldman : "Les gens qui me suivent..." (2026)
Confidences
TLTR (Too Long The Road)
Cette "Confidence" retrace quarante ans d'une relation hors-norme entre Jean-Jacques Goldman et "ceux qui le suivent". Loin des standards du show-business, ce lien repose sur un contrat de respect mutuel et une quête de normalité.
- Le refus du statut de Star : Goldman récuse le terme "mon public", jugé trop possessif. Il se voit comme un musicien au service d'individus libres, refusant l'adulation organisée (pas de fan-club, pas de "Une" de magazine).
- La scène comme rendez-vous : Initialement réticent à monter sur scène (vécu comme un calvaire en 1983), il n'y va que par "devoir" envers le courrier des fans. Il transforme progressivement le concert en une "soirée entre amis" où le public chante autant que lui.
- L'authenticité du lien : Il cultive une franchise rare, rappelant que "les chansons sont plus belles que ceux qui les chantent". Il accepte les ruptures avec les fans déçus par sa réalité humaine au profit d'une vérité sans fard.
- Le choix de la durée : Goldman a anticipé dès 1987 la fin de son statut d'idole des jeunes. Il a choisi de vieillir avec son noyau dur, privilégiant la fidélité à la mode, et passant du rôle de "grand frère" à celui de "père" de sa communauté.
- L'anonymat préservé : Sa plus grande réussite est d'avoir maintenu un rapport "sain" avec la cité, se considérant comme un "ouvrier spécialisé" dont le travail appartient à tous, mais dont la vie privée n'appartient à personne.
La sémantique du respect : pourquoi pas "Mon public" ?
Le refus de la possession
« Je n’aime pas dire “mon public”, je trouve ça exagérément possessif, disons, des gens qui me suivent. »
— Source : Fred Hidalgo, "Jean-Jacques Goldman Confidentiel", 2016.
« On dit souvent qu'on ne choisit pas son public, que c'est le public qui nous choisit. Au départ, je ne m'adressais pas à quelqu'un en particulier [...]. Je fus complètement étonné de constater que ceux qui étaient concernés n'avaient que 14 à 18 ans, je n'y suis pour rien. »
— Source : Interview Numéro 1 magazine n°4, 01.07.1983.
La reconnaissance de l'individu
« J'ai toujours eu peur des masses. Des gens qui se regroupent, obéissent au plus fort, vont à gauche ou à droite sur un ordre. Je n'aime pas les slogans que tout le monde reprend sans réfléchir [...]. Ce que j'aime, ce sont les individus. »
— Source : Interview "Chanson n°10", 01.01.1984.
« J'aime les gens humains, gentils, mais aussi les gens qui existent, qui ont une personnalité bien à eux. Je n'aime pas trop que l'on réagisse simplement en fonction de moi. Je préfère qu'on fasse par rapport à un point de vue personnel et sincère. »
— Source : Interview "JJG à cœur ouvert", 01.12.1988.
La bienveillance mutuelle
« Si les gens m’aiment bien, il se trouve que je les aime et les respecte énormément aussi. »
— Source : Fred Hidalgo, "Jean-Jacques Goldman Confidentiel", 2016.
« Je crois que le public nous donne une leçon de simplicité tous les jours. [...] le public attend une chose très simple de nous, et c'est d'une certaine manière très rassurant… »
— Source : Interview Numéro 1 magazine n°4, 01.07.1983.
« Lorsque j’arrive sur scène, je peux tomber, ma guitare peut être désaccordée, le micro peut ne pas marcher, je sais que les gens seront complices, qu’ils joueront le jeu avec tendresse. À partir du moment, bien sûr, où je ne me moque pas d’eux, où je suis totalement sincère avec eux. »
— Source : Fred Hidalgo, "Jean-Jacques Goldman Confidentiel", 2016.
« [Le public] met à l'aise, il galvanise, même si l'on n'a pas assez dormi la veille, même si l'on a des soucis. Il pardonne tout à condition qu'on ne triche pas. Que l'on donne… »
— Source : Interview Télé 7 Jours, 05.01.1986.
La genèse du rendez-vous : une rencontre par "effraction"
Le malentendu de l'âge
« Au départ, je ne m'adressais pas à quelqu'un en particulier, étant donné que je parlais des problèmes qui étaient les miens. Je pensais, en les chantant, intéresser les gens de mon âge (entre 25 et 35 ans). Je fus complètement étonné de constater que ceux qui étaient concernés n'avaient que 14 à 18 ans, je n'y suis pour rien. »
— Source : Interview Numéro 1 magazine n°4, 01.07.1983.
« Je savais qu'elles écoutaient les textes, et que c'était une des raisons essentielles de leur attachement. Ceci dit, maintenant [...] je comprends que des gens un peu plus adultes n'écoutaient pas les disques, tellement ils pouvaient être énervés par la façon de chanter, l'apparence un peu... jeune. Même les réactions de ces filles qui criaient, c'est vrai que ça donne pas envie [...] de se dire, peut-être que ce type là dit des choses. »
— Source : RTL, Génération Laser, 15.11.1991.
Le poids des lettres
« J’avoue que je ne pensais pas à la scène, mais je me suis rendu compte dans l’énorme courrier – des milliers de lettres – qui a suivi mon deuxième album qu’on m’attendait [...]. C’était un peu une trahison que de rester sur le petit écran. »
— Source : Fred Hidalgo, "Jean-Jacques Goldman Confidentiel", 2016.
« Je recevais beaucoup de lettres. Je sentais que les gens [...] avaient pris les albums et les textes de façon tellement sincère qu'ils auraient considéré comme une trahison de ne pas les défendre de visu, pour de vrai. »
— Source : RTL, Génération Laser, 15.11.1991.
« Je me rappelle, je recevais des lettres en disant : "vous n'avez pas le droit de faire des albums et puis de ne pas venir nous voir à Limoges". C'est comme un abus de confiance quoi ! »
— Source : Interview Radio Scoop, 04.12.2003.
L'examen de passage
« Je me souviens parfaitement de la première fois. Ç’a été très dur. Je ne ressentais que de la peur. Je n’ai aucun souvenir du public et de ses réactions. J’entrais en scène dans un état second, j’étais exclusivement concentré sur la suite, minute après minute. »
— Source : Fred Hidalgo, "Jean-Jacques Goldman Confidentiel", 2016.
« Lors de la première tournée, on ne se connaissait pas du tout, on s'était rencontrés. Maintenant, eux me connaissent mieux aussi. [...] Ce qui n'était pas le cas pendant la première tournée où il y avait une méfiance, une curiosité, une timidité des deux côtés, plus importante que maintenant. »
— Source : Interview Cool, 01.03.1986.
« La première tournée que j'ai faite était vraiment un round d'observation. Eux ne me connaissaient pas, moi, non plus [...] Sur cette tournée la confiance existe vraiment. On se connaît, il n'y a plus d'examen de passage et dans ce sens c'est un vrai plaisir. »
— Source : Rock Music Magazine, 05.01.1988.
La scène comme "salon" : transformer le spectacle en échange
Le "concert-party" : passer une soirée ensemble
« Que cela soit clair : je ne fais pas de scène pour convaincre et faire du prosélytisme, mais parce qu'il y a des milliers de personnes qui ont acheté mon disque, qui m'aiment [...]. Pour moi, cela correspond à une soirée passée ensemble, comme à une party, entre gens qui ont des choses en commun. »
— Source : Interview Numéro 1 magazine, 01.05.1984.
« Ma démarche, en montant sur scène, n’a jamais été de vouloir convaincre les gens, de chercher à leur imposer quoi que ce soit, mais seulement de me rendre à un rendez-vous. [...] Je n’ai pas ce sentiment de conquérant, tout simplement. »
— Source : Fred Hidalgo, "Jean-Jacques Goldman Confidentiel", 2016.
« Imagine que tu doives faire une conférence devant tous les journalistes parisiens, et puis la même conférence devant ta famille et tes copains : c’est plus facile quand tu n’as affaire qu’à des gens qui t’aiment [...]. J’ai fait cette première partie devant ma famille et mes copains. »
— Source : Fred Hidalgo, "Jean-Jacques Goldman Confidentiel", 2016.
Le public-acteur : « ils chantent autant que moi »
« Franchement, ils en font autant que moi ! À quelques exceptions près [...], en général ils chantent autant que moi. (Rire.) Je n’ai pas grand-chose à faire ! »
— Source : Fred Hidalgo, "Jean-Jacques Goldman Confidentiel", 2016.
« Sur "Là-bas", le public chante la partie du duo à l'origine réservé à Sirima, tragiquement disparue. [...] Je voulais que les gens commencent à chanter ensemble de manière naturelle. »
— Source : Télé Moustique n°3807, 16.01.1999.
« Dans mes concerts, je pense qu'il se passe aussi quelque chose dans la salle. Ne serait-ce que le fait de chanter ensemble est un acte collectif très touchant. »
— Source : La Libre Belgique, 10.12.2001.
Le miroir de la simplicité : une leçon quotidienne
« Je crois que le public nous donne une leçon de simplicité tous les jours. C'est vrai qu'on se demande sans cesse quelle image avoir, quelle image donner, quelle presse accepter, etc. Mais en fait, le public attend une chose très simple de nous, et c'est d'une certaine manière très rassurant… »
— Source : Interview Numéro 1 magazine n°4, 01.07.1983.
« C'est comme quand vous recevez des gens à dîner pour la dixième fois, c'est pas la même chose que la première fois. Alors, on enlève la cravate, on enlève la veste et puis l'ambiance est plus détendue. Donc c'est la même chose en concert : j'aurais pas fait ces choses-là [...] il y a une quinzaine d'années. »
— Source : Nostalgie Belgique, 05.06.2003.
« Veiller tard » : L’intimité des chansons-miroirs
La chanson du public
« "Veiller tard" est devenue "la" chanson par excellence du public. Elle n’est jamais sortie en single et pourtant, ça c'est un véritable miracle, deux lettres sur trois qui m’étaient adressées y faisaient référence ! [...] C’est l’album avec lequel je me suis rendu compte [...] que j’allais en faire mon métier. »
— Source : Fred Hidalgo, "Jean-Jacques Goldman Confidentiel", 2016.
« Réconfortant de constater que des chansons passées inaperçues par les médias ont été accueillies à 100 % par le public. [...] le public ne se goure pas. [...] Il aime les tubes, mais n'en est pas dupe. Il sait voir plus loin. Les tubes sont indispensables pour qu'il pénètre plus avant dans les autres titres. »
— Source : Interview Numéro 1 magazine, 01.05.1984.
« Au bout d'un certain temps, on se rend compte que pour les gens qui nous suivent vraiment, qui vont au concert et tout ça, il n'y a plus de différence entre les chansons qui sont sorties en radio et celles qui ne sont pas sorties. »
— Source : Journée spéciale Fredericks Goldman Jones, O'FM, 29.12.1993.
Le malentendu de l’image : « Les chansons sont plus belles... »
« J'ai écrit une phrase dans le dernier album [...] où je leur explique que les chansons sont souvent plus belles que ceux qui les chantent. [...] souvent ils se font une image de moi [...] qui est un petit peu idéalisée [...] et ils ne connaissent pas notre quotidien où on est des emmerdeurs, on a des fois mauvais caractère, [...] pressés, fatigués. »
— Source : Interview de Jean-Jacques Goldman à Digne, 07.03.1986.
« Nous, on a des états d'humeur, des mauvaises volontés, des bassesses, qu'on ne marque pas dans nos chansons. »
— Source : RTL, Génération Laser, 15.11.1991.
« Il faut pas confondre les chansons et celui qui les écrit [...]. Je ne suis pas cette espèce d'être qu'ils pensent fabriquer à travers l'écoute des chansons. »
— Source : RTL, Grand Format, 29.07.1991.
La rupture par déception
« Actuellement, je reçois beaucoup de lettres de rupture de fans, déçus par moi, parce qu'ils m'ont approché. Parce que je ne suis pas aussi attentif, je ne suis pas aussi sincère, je ne suis pas aussi désintéressé [...] que mes chansons pourraient le laisser croire. »
— Source : RTL, Grand Format, 29.07.1991.
« Je sais que je ne peux pas répondre aux lettres. C'est matériel [...]. Ce sont eux qui me considèrent comme coupable d'indifférence. »
— Source : Interview Cool, 01.06.1987.
« Souvent, j'ai beaucoup rencontré de gens qui étaient déçus par cette attitude parce qu'ils avaient une image sans tâche à travers les chansons. C'est pour ça que j'ai voulu prévenir un peu les gens. »
— Source : Interview de Jean-Jacques Goldman à Digne, 07.03.1986.
La fidélité contre la mode : vieillir ensemble
Le déclin assumé
« C'est un déclin absolument inexorable : vous pouvez conserver un public de base qui va vieillir avec vous, mais vous perdrez celui qui se renouvelle, les 13-17 ans qui arrivent. [...] Je vais rejoindre les 99 % des chanteurs dont le succès est basé sur leur travail, et je quitterai le 1 % des "élus". »
— Source : Interview Le Point n°975, 27.05.1991.
« Je n'ai pas été une idole des jeunes qui tout à coup se retrouve nue, une fois qu'une génération d'adolescentes a grandi — puisque les jeunes filles ne mettent pas le même poster au mur que leur grande sœur. C'est un statut forcément éphémère [...]. Il se trouve qu'en faisant mon métier j'ai eu d'autres satisfactions, alors que ce rapport — qu'on pourrait dire amoureux — s'était naturellement terminé. »
— Source : Interview Le Figaro, 29.09.1997.
« L'essentiel, c'est d'essayer de garder le public des débuts et de vieillir avec. Ensuite quand y a des gamins qui s'y branchent parce qu'ils ont été mal élevés, c'est-à-dire [rires] les parents leur ont mis les disques depuis le début, bon c'est super de vivre ça ! »
— Source : Radio Contact, Le Rendez-vous des stars, 18.05.2002.
De « grand frère » à « père »
« Je pense que je garderai ce public de 35/40 ans ou plus [...] en même temps que je perdrai peu à peu cette audience des 15/18 ans... Et c'est normal [...] parce que, moi, je les sens moins : ma fille aînée a 12 ans, alors c'est sûr, maintenant, je me sens vraiment plus leur père que leur grand frère, et bientôt (rire) leur grand-père ! »
— Source : Interview Paroles et Musique n°70, 01.05.1987.
« Le rapport que j'ai avec les gens de 15 ans va devenir exclusivement musical. Pour le reste de l'identification, il y en a d'autres qui arrivent. »
— Source : Europe 2, 28.02.1997.
La reconnaissance ultime : l'indicateur vrai
« Le succès [...] est la seule indication vraie du plaisir que l'on a pu apporter aux gens. Mais pour moi, il est très secondaire au plaisir que j'éprouve à faire de la musique. [...] Si on me disait aujourd'hui que pour moi le succès, c'est terminé, je m'en remettrais. »
— Source : Interview Télé 7 Jours n°1597, 05.01.1991.
« Ce qui était, ce qui est, et ce qui sera toujours fondamentalement important pour moi, c'est d'avoir un minimum de gens qui s'intéressent à ce que je fais pour me permettre d'exercer ce métier. »
— Source : RTL, Génération Laser, 15.11.1991.
« Ce qui est évidemment le plus touchant, c'est surtout la fidélité ! C'est-à-dire que les gens ne viennent pas comme un phénomène de mode mais il y a finalement une relation, un attachement qui se fait et qui perdure. »
— Source : TF1, Disques d'or, 27.12.2003.
La frontière : respecter la distance pour préserver le lien
Le refus du fan-club : l'adulation refusée
« L’ironie est peut-être que je crois être le seul chanteur à n’avoir jamais eu de "fan club" officiel ! Comme quoi… »
— Source : Fred Hidalgo, "Jean-Jacques Goldman Confidentiel", 2016.
« Un fan club, c'est quand même une association autour d'un thème qui est toi [rires]. Alors comme ce n'est pas un thème qui me passionne et que j'ai envie de décliner sur des pages d'un journal, "j'ai fait ça, j'ai fait ça"... Ça ne peut pas me convenir. »
— Source : RTL, Paroles et musiques, 15.12.2001.
« Jean-Jacques ne veut pas créer de fan-club car cela impliquerait pour lui un autre travail qu'il n'a ni spécialement envie, ni le temps de faire. [...] Les gadgets que l'on trouve généralement [...] existent déjà sur le marché (briquets, T-shirts et autres babioles à son effigie pour lesquelles il n'a d'ailleurs jamais été concerté…). »
— Source : Star Club Hors-Série n°4, 01.05.1989.
Le besoin de solitude : la décompression
« Après un concert, d'ailleurs je suis même pas avec les musiciens, ni avec les techniciens. Je suis tout seul, je prends ma bagnole et je me casse, je rentre à l'hôtel, quoi. Il me faut un moment de décompression. Je peux pas passer à autre chose tout de suite. »
— Source : M6, Fréquenstar, 24.05.1998.
« Je sors de scène, je mets un blouson et je monte sur ma moto ou dans une voiture [...], et je reste comme ça, seul, j'adore ça... jusqu'à minuit, minuit et demi, et à ce moment-là, une fois que je suis bien détendu [...] je peux aller voir les musiciens. »
— Source : Nostalgie Belgique, 05.06.2003.
« C'est peut-être le seul besoin fondamental que j'ai, d'être tout seul de temps en temps. Je n'ai pas besoin de gens autour de moi, je n'ai pas besoin de gens qui m'accompagnent, qui me parlent, une tribu, une espèce de cour autour de moi. Je ne supporte pas ça. »
— Source : RTL, Grand Format, 29.07.1991.
L’anonymat retrouvé : le rapport « sain »
« Ce matin, j'ai crevé, avec ma voiture. Je suis allé changer mon pneu. Dans la rue, il y a une fille qui m'a arrêté [...]. Dans ces moments-là, tu peux rencontrer des gens. Parce qu'ils sont dans un rapport, je dirais, sain. Ils sont en train de bosser. C'est comme si moi je leur parlais de leur travail, eux, ils me parlent du mien. »
— Source : Europe 1, 10.02.1999.
« [À la boulangerie] je vais voir la dame, je lui dis : "je voudrais une baguette, s'il vous plaît", je lui donne des sous, elle me rend la monnaie... [...] Dans un contexte dans lequel tu vis quotidiennement, les gens ne font pas tellement attention à toi ! »
— Source : Vibration, 09.04.1998.
« Je m'évertue à ne faire que ce que j'apprécie. Je n'aime pas nager dans la piscine alors je vais à la mer avec mon journal où personne ne vient me déranger. [...] Je n'ai donc pas l'impression d'avoir une vie différente par rapport à mes voisins ou à mon public. »
— Source : Le Journal de l'Île de La Réunion, 22.03.1998.
« Je ne mène pas une existence très différente d'un cadre supérieur. Mon luxe, c'est de pouvoir travailler avec les gens qui me plaisent. [...] Bref, les choses essentielles sont gratuites ! »
— Source : Le Nouvel Observateur, 20.12.2001.
Les questions que les routes ont laissées dans l'histoire…
Pourquoi Jean-Jacques Goldman n'a-t-il pas de fan-club ?
La position officielle de Jean-Jacques Goldman sur les fan-clubs a toujours été sans équivoque : il refuse l'idée d'une "association autour de lui-même". C'est d'ailleurs "le seul chanteur à n’avoir jamais eu de fan club officiel". S'il comprend les gens qui souhaitent "obtenir un souvenir", il refuse de gérer un journal qui déclinerait ses faits et gestes, car ce n'est pas un thème qui le "passionne". En revanche, il a toujours préféré investir son temps dans une relation directe, notamment en "répondant à beaucoup de lettres" de façon personnelle.
Pourquoi Jean-Jacques Goldman refuse-t-il d'utiliser l'expression "mon public" ?
Pour comprendre la psychologie de l'artiste, il faut analyser son rapport à la possession. Jean-Jacques Goldman récuse le terme "mon public" qu'il juge "exagérément possessif". Il lui préfère systématiquement l'expression "des gens qui me suivent". Cette nuance sémantique souligne sa volonté de considérer ses auditeurs comme des "individus" libres et non comme une masse acquise ou un cheptel commercial.
Quel a été le rôle du courrier des fans dans la décision de Jean-Jacques Goldman de monter sur scène ?
Alors que Jean-Jacques Goldman se voyait initialement comme un musicien de studio travaillant "seul dans sa cave", c'est la pression épistolaire qui a provoqué le déclic. Il a réalisé à travers un "énorme courrier" que ne pas aller à la rencontre des gens était perçu comme une "trahison" ou un "abus de confiance". Il est monté sur scène non par narcissisme, mais pour "défendre pour de vrai" ses textes devant ceux qui les avaient adoptés.
Comment Jean-Jacques Goldman gérait-il son trac face au public à ses débuts ?
L'analyse de ses premières tournées (1983-1984) révèle une souffrance physique réelle. À cette époque, la scène était un "calvaire" où il entrait dans un "état second" sous l'effet de la peur. Il reconnaît qu'il lui a fallu "prendre des médicaments" pour supporter la pression nerveuse. Ce n'est qu'après des centaines de concerts qu'il a pu enfin "écouter le public" et transformer ce stress en une relation de "confiance" et de "bienveillance".
Pourquoi Jean-Jacques Goldman dit-il que ses chansons sont "plus belles" que lui ?
C'est une mise en garde récurrente dans son discours pour casser l'idéalisation. Conscient que le public projette ses propres fantasmes sur l'auteur, il rappelle que "les chansons sont souvent plus belles que ceux qui les chantent". Il insiste sur le fait qu'il a, comme tout le monde, des "états d'humeur", des "bassesses" et un "mauvais caractère" que ses textes ne montrent pas, cherchant ainsi à réduire le fossé entre le mythe et l'homme.
Quelle est la routine de Jean-Jacques Goldman immédiatement après un concert ?
Pour préserver la pureté de l'émotion vécue sur scène, Jean-Jacques Goldman a instauré un rituel de retrait immédiat. Il refuse de recevoir du monde dans sa loge et "s'enfuit tout seul" en moto ou en voiture. Il a besoin de ce "moment de décompression" solitaire pour rester dans l'ambiance du spectacle avant de retrouver ses musiciens beaucoup plus tard pour "se détendre" de façon normale.
Comment Jean-Jacques Goldman a-t-il anticipé le vieillissement de son public ?
Dès 1987, Goldman analyse avec lucidité la fin de la "Goldman mania" adolescente. Il explique que le déclin est "inexorable" car les jeunes filles ne mettent pas le même poster que leur grande sœur. Il a donc délibérément choisi de "perdre peu à peu l'audience des 15-18 ans" pour conserver un "noyau dur" qui vieillit avec lui. Il est ainsi passé du rôle de "grand frère" à celui de "père" (voire grand-père) de son public.
Pourquoi la chanson "Veiller tard" est-elle si importante pour les fans de Goldman ?
Bien que jamais sortie en single ou matraquée en radio, "Veiller tard" est devenue "la chanson par excellence du public". Goldman a été surpris de constater que deux lettres sur trois y faisaient référence. Elle illustre ce lien invisible, ces "choses au fond de nous" que le public va chercher de lui-même, prouvant que les gens qui le suivent ne sont pas "dupes" des seuls tubes commerciaux.
Quelle responsabilité Jean-Jacques Goldman estime-t-il avoir envers les jeunes qui l'écoutent ?
Même s'il refuse d'être un "gourou", Goldman ressent une forte responsabilité morale. Il refuse d'écrire des chansons démagogiques ou nihilistes (du type "tout est pourri") ou de faire l'apologie de la drogue, car il sait que son public est composé de "gens qui vivent une vraie vie". Il refuse également certaines scènes politiques, comme la Fête de l'Humanité, pour ne pas que sa présence soit interprétée comme un "signe" de cautionnement.
Quel plaisir Jean-Jacques Goldman prend-il à voir d'autres artistes chanter ses textes ?
Le succès par procuration est pour lui une source de joie "jouissive". Il admet qu'entendre Johnny Hallyday chanter "L'envie" devant 80 000 personnes ou Khaled interpréter "Aïcha" à l'Olympia lui procure une émotion supérieure à s'il les chantait lui-même. Il apprécie de voir ses chansons portées par des "puissances vocales" et des interprètes qui leur donnent une dimension qu'il ne pourrait pas offrir seul.
Pourquoi Jean-Jacques Goldman refuse-t-il de faire les "Unes" des magazines ?
Sa stratégie médiatique repose sur le principe du "non-demandeur". Il accepte les interviews mais refuse la couverture pour ne pas "apostropher" les gens dans la rue. Il estime que c'est au public de faire la démarche de "venir à sa rencontre" en tournant les pages d'un journal. Il veut être choisi par le lecteur et non s'imposer au passant.
Comment Jean-Jacques Goldman vit-il les rencontres fortuites avec le public dans sa vie quotidienne ?
Il privilégie ce qu'il appelle un "rapport sain". Lorsqu'il croise des gens à la boulangerie ou chez le garagiste, il apprécie qu'on lui parle de son travail comme s'il était un "ouvrier spécialisé". Pour lui, la "vie normale" consiste à purger soi-même un radiateur ou à faire ses courses sans chauffeur, car c'est la seule façon de ne pas être "décalé de la vraie vie".
Pourquoi certains fans sont-ils déçus en rencontrant Jean-Jacques Goldman ?
Jean-Jacques Goldman reconnaît avec une franchise brutale recevoir des "lettres de rupture". Certains fans sont déçus car il n'est pas aussi "attentif" ou "disponible" que l'image de générosité dégagée par ses chansons. Il assume cette déception : "Je ne suis pas cet être qu'ils pensent fabriquer". Il préfère la vérité d'une relation humaine imparfaite à la perfection d'une image marketing.
Quelle distinction Jean-Jacques Goldman fait-il entre ses fans et les "cinglés" ?
Il est très protecteur envers son intimité et celle de ses proches. S'il a une relation de "tendresse" avec les gens qui le suivent respectueusement, il n'a aucune indulgence pour les "cinglés" ou les "nécrophiles" qui le harcèlent ou se plaignent de ne pas avoir été invités à son mariage. Pour ceux-là, il n'hésite pas à faire appel à la justice pour défendre son droit à l'anonymat.
Comment Jean-Jacques Goldman définit-il le rôle du public pendant ses concerts ?
Dans sa vision du spectacle, le public est un acteur à part entière. Il conçoit ses shows comme une "coquille d'œuf" où les gens viennent "donner la vie" à une structure préparée pour eux. Il est fasciné par le fait que les gens "chantent autant que lui", transformant le concert en une "chorale collective" et un acte de "lien communautaire".
Pourquoi la première tournée de 1983 a-t-elle été un "round d'observation" ?
À ses débuts, le lien n'était pas encore scellé par l'habitude. Goldman décrit cette période comme un moment de "méfiance" et de "curiosité" réciproque. Le public ne savait pas qui il était et lui ne savait pas comment recevoir leur amour. Il a fallu cet "examen de passage" pour que s'instaure, dès la tournée suivante, une "connivence immédiate".
Quelle différence Jean-Jacques Goldman voit-il entre son public et celui d'Alain Souchon ?
Lors d'une discussion sur l'hétérogénéité, Goldman note que son public est plus difficile à gérer que celui de Souchon, car il est moins "homogène". Il cohabite entre des gens qui veulent être "assis pour écouter" et d'autres qui veulent être "debout pour danser". Cette dualité rend le choix des salles et de la mise en scène complexe pour ne pas créer de "conflit permanent" entre les spectateurs.
Pourquoi le succès commercial est-il pour lui un indicateur du plaisir des gens ?
Loin de voir les chiffres de vente comme une fin en soi, il les utilise comme un outil de mesure de son utilité. Le succès est "la seule indication vraie du plaisir que l'on a pu apporter aux gens". Cependant, il reste détaché : si on lui annonçait que le succès est terminé, il s'en "remettrait", car son besoin fondamental reste de faire de la musique, même pour "quelques-uns".
Comment Jean-Jacques Goldman justifie-t-il son combat judiciaire contre la presse "people" ?
Pour Goldman, la justice est parfois trop "laxiste" face aux journaux qui violent sa vie privée. Il refuse de voir ses photos de vacances publiées sous prétexte qu'il est célèbre. Il dénonce une "collusion" où les amendes sont moins élevées que les profits réalisés par ces journaux. Il se bat pour que le public comprenne que l'homme privé ne lui "appartient" pas.
Quel est selon Jean-Jacques Goldman le pouvoir "fédérateur" d'une chanson ?
Il refuse l'idée qu'une chanson puisse changer le monde, mais il croit en sa capacité à "fédérer". Pour lui, la musique permet à des gens qui partagent la même sensibilité de "se rassembler et d'être ensemble". Ce n'est pas un outil de conversion idéologique, mais un "ciment" qui crée une connivence immédiate et permet de vivre une sensation "presque divine" de fraternité.
Ces liens que l’on sécrète…
Les sources de cette Confidence. Chaque lien ci-dessous représente un moment de vérité, une trace laissée sur la route entre 1982 et 2007.
Archives de Presse & Interviews
• [Mars 1982 | Jean-Jacques Goldman : Qui es-tu ? | OK Magazine](https://www.parler-de-sa-vie.net/ecrits/interviews/198203xx01.php • Juillet 1983 | Jean-Jacques Goldman : "Je n'ai rien à prouver" | Numéro 1 magazine n°4 • Mai 1984 | Jean-Jacques Goldman s'explique | Numéro 1 magazine • Mars 1986 | Jean-Jacques Goldman : Bienvenue sur son boulevard | Cool • Mai 1987 | Jean-Jacques Goldman : "Se battre… ou se laisser abattre" | Paroles et Musique n°70 • 27 mai 1991 | Philippe Labro : Rencontre avec... Jean-Jacques Goldman | Le Point n°975 • 16 janvier 1999 | Quand la chanson est bonne | Télé Moustique n°3807 • 20 décembre 2001 | Attaques, critiques, rumeurs... Goldman répond | Le Nouvel Observateur
Archives Radio & TV (Transcriptions)
• 29 juillet 1991 | Grand Format : Jean-Jacques Goldman | RTL • 15 novembre 1991 | Génération Laser : La décennie Goldman | RTL • 24 mai 1998 | Fréquenstar : Jean-Jacques Goldman | M6 • 10 février 1999 | L'invité de Laurent Boyer | Europe 1 • 05 juin 2003 | Un tour ensemble | Nostalgie Belgique
Références Bibliographiques
• Fred Hidalgo (2016), Jean-Jacques Goldman Confidentiel, Éditions Archipel