"Non homologué" : les confidences de Jean-Jacques Goldman

Confidences

Création

Dans les premiers temps, je travaillais beaucoup sur la musique et ensuite, très rapidement, j’écrivais les mots, je choisissais les rimes… Maintenant, je travaille beaucoup plus les textes, mais je continue à les écrire sur les musiques. Je prends sans cesse des notes sur un cahier et je détermine des thèmes dans l’absolu. Par contre, au moment d’écrire le texte définitif - j’ai alors quatre à cinq pages de notes pour une chanson, car les textes ont pris beaucoup d’importance à mes yeux et ils me procurent beaucoup de plaisir -, ça ne peut se faire que sur la mélodie. L’inverse m’est impossible : je n’ai jamais greffé une mélodie sur un texte écrit au préalable. La mélodie m’indique la direction du texte, car c’est lié au genre musical, mais je ne sais jamais, en composant la musique, de quoi parlera la chanson. Sauf quand il y a des mélodies, parfois, qui viennent avec trois mots. C’est arrivé avec Quand la musique est bonne : là, d’une certaine manière, le mot fait partie de la mélodie. Mais c’est très rare !

"Jean-Jacques Goldman : Confidentiel" de Fred Hidalgo (2016)

Il y a tellement de gens qui se considèrent comme des auteurs et qui ne le sont pas qu’il vaut mieux être considéré comme tel et ne pas se considérer comme l’étant. Je ne veux pas être comparé à des auteurs comme Brel, Brassens ou Souchon : la musique fait partie de chaque mot. Je suis un faiseur de chansons.

Positif et… non homologué (Paroles et Musique n° 55, décembre 1985, propos recueillis par Renaud Ego, Jacques Erwan, Marc Legras, Didier Varrod)

Je ne conçois pas la chanson comme quelque chose qu’on puisse disséquer, expliquer.

Positif et… non homologué (Paroles et Musique n° 55, décembre 1985, propos recueillis par Renaud Ego, Jacques Erwan, Marc Legras, Didier Varrod)

Je hais la technique et les boutons. Je ne suis pas doué pour ça, mais j’ai rencontré en Jean-Pierre Janiaud un très grand technicien du son, un musicien qui écoute et ne fait pas des morceaux de technique mais des morceaux de musique. Je n’interviens qu’en termes de néophyte, avec mes mots pour demander un son de synthé plus lisse, plus terne, et lui décode mon langage. J’ai une entière confiance en lui pour tous les problèmes d’électrocardiogramme.

Positif et… non homologué (Paroles et Musique n° 55, décembre 1985, propos recueillis par Renaud Ego, Jacques Erwan, Marc Legras, Didier Varrod)

L’album "Non homologué"

En l’écoutant, j’ai éclaté de rire, j’ai compris que personne ne me louperait avec un disque pareil, fait de bric et de broc, allant du banjo à cinq cordes aux boîtes à rythmes. Sans oublier la vieille guitare 70. J’ai pensé qu’il serait vomi par tout le monde. Il l’a effectivement été, le public excepté.

L’Est Républicain, 1986, cité dans "Goldman : Une vie en chansons" d'Éric Jean-Jean (2021)

Je crois bien que, de tous mes albums, c’est vraiment celui que je préfère.

"Jean-Jacques Goldman : Confidentiel" de Fred Hidalgo (2016)

J’ai l’impression que c’est l’album de la maturité. Sur le plan des arrangements, sur celui de la voix, des tonalités…

"Jean-Jacques Goldman : Confidentiel" de Fred Hidalgo (2016)

Il me semble que c’est un album assez abouti.

"Jean-Jacques Goldman : Confidentiel" de Fred Hidalgo (2016)

J’ai bien aimé aussi le deuxième, "Minoritaire", parce que c’était en fait, pour moi, mon premier véritable album. Le tout premier, c’était encore, un peu, comme une maquette. "Minoritaire" est le premier dont je me sois senti vraiment fier. Le troisième, "Positif", était un album tourné vers la scène, et "Non homologué" est le premier, je crois, que j’ai réellement maîtrisé.

"Jean-Jacques Goldman : Confidentiel" de Fred Hidalgo (2016)

Je me demande si un artiste n’a pas tout dit en quatre albums ? J'ai vraiment l'impression de n'avoir plus rien de nouveau à apporter.

"Jean-Jacques Goldman : Confidentiel" de Fred Hidalgo (2016)

Ambitions

C'est un peu injuste que la gloire soit tombée sur moi. Car en fait, je n'ai jamais eu la volonté de réussir.

Jean-Jacques Goldman - Tout mais pas l'indifférence (Graffiti n°9, août 1985)

Je ne suis pas le meilleur chanteur du monde. Mais je suis celui qui travaille le plus et je le revendique.

"Jean-Jacques Goldman : Confidentiel" de Fred Hidalgo (2016)

J’ai des ambitions qui sont très précises, mais qui ne sont pas des ambitions de succès, de notoriété et de reconnaissance. Mon ambition, c’est de progresser musicalement, dans l’écriture, dans l’enregistrement, de faire de beaux spectacles. Mon ambition a toujours été là. Elle n’a jamais été liée à la notoriété. Je n’ai jamais rêvé d’être adulé des foules. Cela m’arrive et je suis très content. De même, je n’ai jamais rêvé d’être milliardaire, de vivre avec les femmes les plus belles du monde. Mais faire de la musique sans contrainte, sans arrière-pensée de succès, oui.

Les confidences de Jean-Jacques Goldman : Le succès ne m'a pas changé (Ciné Télé Revue, décembre 1985, propos recueillis par Bernard Alès)

Ça m’amusait un peu, nous en parlions. J’avais essayé d’expliquer [à Daniel Balavoine] qu’il s’agissait plus d’une attitude que de musique […]. En schématisant, qu’il fallait choisir entre l’amour des gens, sa relation avec le public et la reconnaissance rock. Pour ma part, mon choix a toujours été clair.

Goldman : "Une attitude de leader" (Paroles et Musique, janvier 1990, propos recueillis par Bernard Maryse)

« Merci d’avoir jugé par vous-même. »

(Double page de publicité achetée dans Libération et France Soir le 20 décembre 1985)

Je crois que le rôle d’un chanteur, c’est d’accompagner les gens une partie de leur vie, et pas forcément pendant toute leur vie. Il y a une période où ils ont besoin et envie d’entendre ça, ce sont des choses qu’ils vivent et ils se reconnaissent dedans…

"Aujourd'hui la vie", Antenne 2, décembre 1985, cité dans "Goldman : Une vie en chansons" d'Éric Jean-Jean (2021)

Le public

C’est un public qui est très bienveillant. Il ne vient pas du tout pour me juger. Ils connaissent les chansons par cœur, ils les chantent avec moi. Je suis là pour donner un ordre aux titres. Ce n’est pas un concert : on passe une soirée ensemble. Ils m’ont enlevé toutes mes peurs. J’ai beaucoup de plaisir à passer une soirée avec eux…

Les confidences de Jean-Jacques Goldman : Le succès ne m'a pas changé (Ciné Télé Revue, décembre 1985, propos recueillis par Bernard Alès)

Ma notion de la famille, elle est comme je le dis dans la chanson : je ne connais pas ton nom, je ne sais pas où tu vis, mais finalement ça n'a pas beaucoup d'importance. C'est une espèce de famille de pensée, une façon d'être, avec un peu de recul, d'humour, finalement en essayant de faire le mieux qu'on peut, c'est un peu à cela que je reconnais ceux de ma famille.

Il fait toujours beau quelque part (Radio Canada, 29 juin 1988)

Au début, je répondais à chaque lettre en y passant parfois une demi-heure, et ma plus grande déception dans ce métier a été de ne plus pouvoir le faire, de passer par la force des choses à côté de lettres sincères, chaleureuses, venant de personnes qui consacrent autant d’attention, de temps à ce que je fais ; quelque chose que je trouve bouleversant.

Positif et… non homologué (Paroles et Musique n° 55, décembre 1985, propos recueillis par Renaud Ego, Jacques Erwan, Marc Legras, Didier Varrod)

La scène

J’ai suivi des centaines, des milliers de concerts en étant très bien à ma place, complètement comblé et je n’ai jamais de ma vie souhaité être sur scène à la place de celui que j’étais allé voir. C’est de composition, de maquette, de studio que je rêve et je passe tout de même neuf mois seul dans ma cave, ici. J’avoue que je ne pensais pas à la scène, mais je me suis rendu compte dans l’énorme courrier - des milliers de lettres - qui a suivi mon deuxième album qu’on m’attendait à Alençon, Auxerre, etc. Pour que ce que je faisais ne soit pas uniquement une histoire commerciale d’un produit que je livrais, il me fallait le défendre jusqu’au bout.

Positif et… non homologué (Paroles et Musique n° 55, décembre 1985, propos recueillis par Renaud Ego, Jacques Erwan, Marc Legras, Didier Varrod)

J’avais une équipe extraordinaire autour de moi, je me sentais beaucoup plus en confiance, peu à peu le glaçon que j’étais a commencé à se dégeler et à prendre du plaisir. À partir de là, la scène m’est devenue vraiment indispensable. J’y tiens beaucoup aujourd’hui. Et ça me procure encore plus de plaisir, peut-être parce que c’est un peu contre-nature.

Positif et… non homologué (Paroles et Musique n° 55, décembre 1985, propos recueillis par Renaud Ego, Jacques Erwan, Marc Legras, Didier Varrod)

La scène me faisait peur. J’ai appris à l’aimer.

Les confidences de Jean-Jacques Goldman : Le succès ne m'a pas changé (Ciné Télé Revue, décembre 1985, propos recueillis par Bernard Alès)

Ce sont les spectateurs qui m’ont appris la scène, qui me l’ont fait aimer. Je suis le contraire d’un homme de scène. Mon énergie, c’est celle qu’ils me communiquent.

L'énigme Goldman (Télérama 4-10 juin 1988, propos recueillis par Anne-Marie Paquotte

Je ne savais pas que c’était aussi bien. En particulier, le rapport avec les musiciens, cette vie de communauté.

Génération Laser (RTL, 15-19 novembre 1991, propos recueillis par Christophe Nicolas)

Ce n’est pas un concert que je fais tout seul. On est toute une équipe de musiciens, qui seront totalement impliqués dans le spectacle. Je ne suis pas un chanteur avec ses musiciens derrière, c’est vraiment un groupe qui joue.

Jean-Jacques Goldman, de Taï Phong au Tour 86 (Star Magazine, 1986, propos recueillis par Marc Thirion

Je ne suis pas une bête de scène, ni un grand danseur. Que l’on ne s’attende pas à me voir dans un super show avec des effets spéciaux insensés, ce n’est pas mon truc.

Jean-Jacques Goldman, de Taï Phong au Tour 86 (Star Magazine, 1986, propos recueillis par Marc Thirion

La scène est un prolongement du disque, la rencontre avec les gens touchés par mes chansons. Je ne fais pas de la scène pour convaincre (...). Je n’ai pas à aller là où les gens ne m’attendent pas. Je suis conscient de remuer beaucoup de haine ou de mépris et je ne veux pas m’imposer.

Positif et… non homologué (Paroles et Musique n° 55, décembre 1985, propos recueillis par Renaud Ego, Jacques Erwan, Marc Legras, Didier Varrod)

J’estime qu’on ne peut pas se remettre dans l’ambiance d’un concert, on ne l’enregistre donc jamais dans sa continuité. On enlève tout ce qui n’est pas chanté, qui n’a rien à faire dans un disque, et on retient seulement les chansons dont on a envie de garder un souvenir, qui sont vraiment très différentes des versions studio d’origine.

"Jean-Jacques Goldman : Confidentiel" de Fred Hidalgo (2016)

Pour moi, le Zénith ne représente rien. Ce qui est très important et représente beaucoup, c’est de partir en tournée, c’est-à-dire d’aller à la rencontre des gens qui, eux, sont venus à moi par le disque.

Les confidences de Jean-Jacques Goldman : Le succès ne m'a pas changé (Ciné Télé Revue, décembre 1985, propos recueillis par Bernard Alès)

Chansons discrètes

Il y a des chansons faites pour s’exhiber et d’autres pas. Certaines sont faites pour être sous les néons, dans une émission de Guy Lux ou dans un hit-parade : elles ont l’habit, l’uniforme, la force qui conviennent - la légèreté, diriez-vous, et je dirais l’insouciance - pour être dans un grand magasin ou un ascenseur… pour être des chansons de consommation. Il en est d’autres qui ne s’adaptent pas à de telles situations et dont la place n’est pas dans un hit-parade. Elles bronzent mal : trop exposées au soleil, elles se tachent de rougeurs. Elles sont faites pour rester à l’ombre. Il est des chansons hâbleuses qui interpellent le passant par l’intermédiaire de la radio ou de la télévision et d’autres, un peu timides, qu’il faut aller chercher et qui prennent ainsi leur valeur…

Positif et… non homologué (Paroles et Musique n° 55, décembre 1985, propos recueillis par Renaud Ego, Jacques Erwan, Marc Legras, Didier Varrod)

Critiques

Je savais, en sortant cet album, qu’il ne plairait ni aux tenants de la chanson traditionnelle française, ni à ceux du rock’n’roll.

Génération Laser (RTL, 15-19 novembre 1991, propos recueillis par Christophe Nicolas)

Le public m'a adopté assez facilement sans que la presse écrite, institutionnelle et "intelligente" ne donne l'autorisation aux gens d'aimer ce que je fais. Les gens ont choisi sans qu'il y ait eu d'article dans Le Monde, à la limite, malgré mes quatre albums, ils ne savaient pas que j'existais. Pour être reconnu par les critiques, il faut ramer, avoir une barbe, une cicatrice, un accent si possible. Ils n'ont pas supporté de se retrouver devant le fait accompli d'un Zénith plein, de beaucoup de disques vendus sans qu'on leur ait demandé leur avis.

Annie et Bernard Reval : Jean-Jacques Goldman (France Empire, 2003)

Je n’ai jamais eu de complexe culturel, dans le sens où je savais avoir fait plus d’études que la plupart des gens qui me critiquaient. Pas de complexe musical non plus, car je crois savoir ce qu’est la musique et, une guitare à la main, je n’ai pas peur de grand-chose. Enfin, pas de complexe d’origine, genre complexe du petit-bourgeois, puisque je viens d’un milieu d’immigrés. Non, je savais que c’était juste des manifestations banales de bêtise et d’incompétence !

Confessions d'un flâneur solitaire (Télérama, 22 octobre 1997, propos recueillis par Anne-Marie Paquotte et Philippe Barbot)

Je ne rencontre pas les médias par plaisir, sans vraie raison, tout simplement pour "m’exprimer". Ma place n’est pas de me trouver sur les couvertures des magazines. Je demande donc à ne pas y figurer. La chanson ne doit pas se trouver en première page d’un magazine. Il se passe d’autres choses dans le monde dont la place est en première page. Ce n’est pas de la modestie, seulement de la lucidité.

"Je comprends la méfiance du peuple israélien" (Tribune Juive, 5 septembre 1997, propos recueillis par Yves Derai et Franck Medioni)

La seule respectabilité qui m’importe est celle que le public m’accorde.

Jean-Jacques Goldman s’explique (Numéro 1, mai 1984, propos recueillis par Didier Varrod)

Si tu es sensible à ces récompenses, il faut que tu sois sensible aussi aux critiques négatives. On ne peut pas être sensible qu’aux choses positives. Si j’avais été sensible aussi aux critiques négatives, je serais probablement en train de garder des chèvres dans le Caucase. Ni les excès d’honneur ni les excès d’indignité ne doivent te perturber. Ce qui m'intéressait, c'était le contact avec les gens, et ça me suffisait.

Génération Laser (RTL, 15-19 novembre 1991, propos recueillis par Christophe Nicolas)

Qu'on aime ou pas mes chansons, ce n'est pas le problème. Seulement, il ne me paraît pas utile de donner des explications, à la limite, je pense que la presse à ce niveau-là ça ne sert à rien.

Jean-Jacques Goldman - Tout mais pas l'indifférence (Graffiti n°9, août 1985)

Perceptions

Je suis terriblement, maladivement, pathologiquement rancunier.

JJG à cœur ouvert (Star Club Magazine, décembre 1988)

Je suis sûr que je ne peux que décevoir ceux qui en viendraient à me connaître vraiment.

Une interview du nouveau roi de la chanson (Télé 7 Jours, 1er au 7 février 1986, propos recueillis par Martine Bourrillon)

Très souvent, les gens se font une image quasi immaculée de vous. Où l’on est disponible en permanence, rarement indifférent, toujours altruiste ! Mais cette vision est trompeuse parce que l’on met dans les chansons ce que l’on aimerait être, ou à la limite ce que l’on est quelquefois. On fait abstraction du quotidien, du côté banal. Un chanteur peut avoir un sale caractère ou une mauvaise haleine le matin en se levant.

"Jean-Jacques Goldman, Hit, hit, hit, hourrah !" (Le Soir, 1986, propos recueillis par Bernard Meeus)