Qui est Alter Mojze Goldman ?
Qui est ?
TL;TR - Too Long; The Road 😉
De quoi parle ce texte ?
Ce texte retrace le parcours d'Alter Mojze Goldman, immigré juif polonais devenu responsable de la Résistance juive armée en zone Sud, non pour en faire une figure héroïque de plus, mais pour comprendre comment une vie faite de travail, de clandestinité et de retenue a produit, sans discours ni légende, trois trajectoires publiques profondément différentes : celles de Pierre, Jean-Jacques et Robert Goldman.
Ce que ce texte ne fait pas
Il ne mythifie pas la Résistance. Il ne psychologise pas à l'excès. Il ne cherche ni l'hagiographie, ni la réhabilitation idéologique. Il ne raconte pas une "belle histoire". Il documente une ligne morale tenue dans un siècle qui ne l'était pas, en s'appuyant sur les archives (Service historique de la Défense, Archives nationales, Mémorial de la Shoah), sur la voix d'Alter lui-même, recueillie en 1976, et sur le témoignage de son compagnon d'armes Léon Landini.
La thèse centrale
La Résistance ne transmet pas mécaniquement une sagesse. Elle transmet une énergie morale, qui peut sauver, structurer ou brûler. Ce qui distingue les trajectoires, ce n'est pas l'héritage, mais le cadre dans lequel il circule.
Pourquoi ce texte existe maintenant
Parce que les confusions persistent, jusque dans les bases de données qui fondent Alter Mojze Goldman avec un homonyme résistant. Parce que les raccourcis biographiques simplifient ce qui ne devrait pas l'être. Parce qu'Alter Mojze Goldman reste trop souvent réduit au statut de "père de". Ce texte existe pour rendre à l'histoire sa complexité, et pour rappeler qu'il existe des grandeurs qui ne se racontent pas, mais qui continuent d'agir, longtemps après.
Sommaire
Né en 1909 à Lublin
Là-bas
Communiste sans parti
Albert
Famille
L'héritage impossible
Tu manques
Entrer dans la loi (1988)
Les questions que les routes ont laissées dans l'histoire…
Ces liens que l'on sécrète…
Sources
Né en 1909 à Lublin
Alter Mojze Goldman naît le 17 novembre 1909 à Lublin, alors dans l'Empire russe, aujourd'hui en Pologne. Il est le fils de Berek Lejb Goldman et de Chaja, née Choren. Son père meurt le 22 novembre 1910, quand l'enfant a tout juste un an ; lui-même, dans le seul entretien qu'il ait accordé, dira "six mois". C'est le premier écart entre le souvenir et l'archive, dont sa vie sera coutumière. Sa sœur Ida, qui survivra, est la grand-mère de l'écrivaine Lola Lafon.
Lublin est une ville juive d'Europe centrale, où l'antisémitisme n'est pas seulement une violence ponctuelle : il est administratif, social, constant. Il oblige à demander, à négocier, à justifier son existence. C'est précisément ce qu'Alter refuse. Très jeune, il s'engage : à quinze ans, il revendiquera déjà quatre années de militantisme dans la section juive du parti communiste, née de la scission du Bund en 1921. Il n'entre pas en politique par abstraction, mais par nécessité morale : il n'attend rien d'un État qui le nie, il s'organise.
En 1925, à quinze ans, il quitte seul et clandestinement la Pologne. Non pour fuir la misère, mais pour ne plus avoir à mendier des droits égaux. La France existe déjà en lui, lue avant d'être vécue : Victor Hugo, Quatre-vingt-treize, la Révolution, étudiée en yiddish. Une idée, plus qu'un pays.
Là-bas
Avant la France, il y a six mois en Allemagne, une désillusion rapide. Puis il arrive, en 1925, sans nationalité, sans argent, sans réseau. Il ne vient pas demander asile : il vient travailler. Refusant le métier de tailleur, ce qu'il appelle un "métier de juif", il veut devenir un "vrai prolétaire". Il se fait embaucher comme mineur en Bretagne, à Trémuson, en 1925 puis en 1926 ; il parlera de "mines de fer et d'argent" là où les notices d'archives retiennent le plomb. Il passe par la Nièvre, à Fleury-sur-Loire, avant de devenir ouvrier mécanicien dans un atelier de confection du XXe arrondissement de Paris.
À Paris, il trouve le collectif dans le sport, au YASK, le Yiddishe Arbeiter Sporting Klub, club ouvrier juif proche des communistes dont il garde pourtant ses distances. Il adhère aux idéaux, pas aux disciplines imposées.
En 1930, il demande la naturalisation française, qu'il obtient par décret du 13 juillet. Il ne la vit pas comme une récompense, mais comme une cohérence. La même année, il devance l'appel et s'engage deux ans au 5e régiment de Chasseurs d'Afrique : il veut, dit-il, voir du pays et monter à cheval, être soldat parmi les autres. Son dossier militaire le décrit comme un "excellent cavalier, mais indiscipliné". Tout est déjà là. Être français, pour lui, ne passe ni par le discours ni par la revendication : cela passe par les actes. Travailler. Servir. À la veille de la guerre, il est devenu français par sédimentation, par le travail et le corps, sans jamais rien réclamer.
Communiste sans parti
À l'été 1936, il est à Barcelone avec l'équipe de basket du YASK, pour les Olympiades populaires, ces jeux alternatifs opposés aux Jeux de Berlin. La guerre d'Espagne éclate la même semaine. Plusieurs de ses camarades rejoindront les Brigades internationales, dans la compagnie Botwin. Pas lui. Les procès de Moscou l'ont bouleversé : il ne comprend pas qu'il faille désormais haïr des hommes qu'il avait admirés. Ce refus n'est ni lâcheté ni hésitation, il est déjà ancien, et il fonde le reste : Alter restera communiste par culture et par sens de la justice sociale, mais jamais plus militant de parti. Une position inconfortable, qui isole et expose, et qu'il assume.
Mobilisé en septembre 1939 au sein des dragons portés, il se bat au front en 1940, est cité pour sa bravoure et décoré de la croix de guerre avec étoile de bronze. Son fils Pierre écrira plus tard qu'il n'avait jamais autant mérité sa nationalité française qu'à ce moment. Démobilisé le 3 août 1940, il reprend son métier à Paris, où les lois antisémites et les rafles rendent bientôt la vie impossible, puis gagne Lyon, en zone dite libre. Entre 1942 et 1943, la commission de révision des naturalisations de Vichy examine deux fois son dossier ; il échappe de justesse à la déchéance de nationalité, sauvé par un passé discret et par la mention de ses blessures et de sa citation au combat. En novembre 1942, l'invasion de la zone Sud rend la clandestinité totale inévitable. Il y entre comme il est entré en France : sans proclamation, sans romantisme, sans illusion.
Albert
En août 1942, un camarade du YASK le fait entrer dans la résistance juive lyonnaise, alors embryonnaire, au sein de la section juive de la Main-d'œuvre immigrée (MOI), qui travaille avec les Francs-tireurs et partisans. Sous le nom d'Albert, il est chargé du travail militaire et de l'organisation des groupes de combat.
Organiser
À la création de l'Union des Juifs pour la Résistance et l'Entraide (UJRE), en 1943, Jacques Ravine lui confie en octobre la mission de former à Lyon le premier noyau des groupes de combat ; la première réunion se tient au 151 rue Paul-Bert. Faute d'armes, les premiers revolvers sont fournis par les FTP. Alter n'est pas un chef charismatique : il ne harangue pas, il observe, répartit, compartimente, disloque les groupes dès qu'ils deviennent visibles. "Au début, nous n'étions que cinq camarades", résumera-t-il dans un témoignage recueilli par David Diamant ; quinze jours plus tard, ils étaient quatre groupes. En juin 1944, il est nommé responsable militaire de la zone Sud, succédant à Jacob Tancerman : il coordonne alors les groupes de Toulouse, Marseille, Agen, Grenoble et Avignon, répartit le matériel, contrôle les directions locales.
Frapper : le garage Éclair
Les actions se multiplient dans Lyon et sa région : sabotages de transformateurs et de machines-outils, attentats contre des cibles allemandes, coup de main contre les locaux de l'UGIF dont les fichiers sont dérobés, une archive pouvant tuer autant qu'une arme. C'est au cours de l'une de ces opérations que le croise Léon Landini, jeune combattant du bataillon FTP-MOI Carmagnole-Liberté. L'objectif était de neutraliser les camions allemands entreposés au garage Éclair, où des troupes ennemies pouvaient se trouver. Landini, qui n'avait pas dix-huit ans, y voit deux "vieux" d'une trentaine d'années venus prêter main-forte : c'est ainsi qu'il fait la connaissance d'Alter. Bien des années plus tard, lors d'une réunion d'anciens résistants près de Lyon, un homme le fixe longuement ; Landini lui demande s'il était au garage Éclair ; l'homme fond en larmes et l'embrasse. C'était Alter. Léon Landini, dernier survivant du réseau, disparu en septembre 2025, le résumait ainsi : "Alter était responsable des groupes de combat juifs à Lyon."
Sauver, sans le dire
Une précision s'impose, car les raccourcis abondent. La libération de Villeurbanne, en 1944, et le sauvetage des enfants juifs internés au camp de Vénissieux, à l'été 1942, sont deux épisodes distincts. Le sauvetage de Vénissieux est l'œuvre d'un réseau où l'on retrouve notamment Charles Lederman, le père Chaillet, l'abbé Glasberg et Gilbert Lesage. Les documents d'archives attribuent aux groupes de combat de l'UJRE, qu'Alter a organisés, d'autres opérations de sauvetage d'enfants, sans le nommer individuellement. C'est à Vénissieux, en 1988, qu'il sera décoré, ce qui explique sans doute la confusion. La rigueur commande ici de ne pas transformer une action collective en fait d'armes personnel.
Libérer Villeurbanne
À l'été 1944, l'insurrection de Villeurbanne (24 août), déclenchée par le bataillon Carmagnole-Liberté, mobilise les combattants immigrés de Lyon. Avec les groupes de l'UJRE, Alter Goldman prend part aux opérations : occupation du consulat d'Allemagne, du bureau de placement pour l'Allemagne, du siège du Parti populaire français. Mis en congé à la dissolution des groupes de combat de l'UJRE en octobre 1944, il est cité à l'ordre du régiment, avec une nouvelle croix de guerre, le 31 mai 1947, au titre de la Résistance. Puis il reprend sa place dans l'ombre.
Famille
Durant la guerre, Alter avait rencontré Janine (Janka) Sochaczewska, émigrée juive polonaise elle aussi, résistante, secrétaire de l'organisation pour la région lyonnaise, que l'on surnommera "la Pasionaria juive". Leur fils Pierre naît à Lyon le 22 juin 1944, sous une fausse identité ; confié de nourrice en nourrice tandis que sa mère dirige un réseau dans la région grenobloise. Le couple ne partage pas le même horizon : elle reste tout entière dans le combat, lui aspire, la guerre finie, à revenir à une vie normale. En 1947, lorsque Janine, expulsée après la répression syndicale, décide de rentrer en Pologne avec Pierre, Alter s'y oppose : il ne veut pas que son fils grandisse dans un pays qu'il juge antisémite. Selon son propre mot, il l'a "littéralement kidnappé", avant de le confier à sa sœur.
En juin 1949, il épouse Ruth Ambrunn, résistante juive née à Munich en 1922, de treize ans sa cadette, dont la famille s'était installée à Lyon en 1933. Le couple récupère Pierre, le légitime, et s'installe avenue Gambetta, dans le XXe arrondissement de Paris, puis à Montrouge. Alter et Ruth tiennent un magasin d'articles de sport. Trois autres enfants naissent : Évelyne, en 1950, future médecin, Jean-Jacques, en 1951, et Robert, en 1953. Au milieu des années 1950, dans le sillage de l'affaire des Blouses blanches, Alter rompt avec le parti communiste, indigné de son refus de condamner le stalinisme ; la date exacte de cette rupture reste discutée. Il cesse alors toute activité politique pour se consacrer à son commerce et à sa famille.
Le silence s'installe. À la maison, la Résistance n'est pas racontée : ni gestes héroïques, ni mythologie. Alter sait ce que fabrique le récit héroïque, des vocations impossibles et des identités écrasantes ; il préfère que ses fils aient une enfance. La transmission ne passe donc pas par un discours, mais par une tenue : ne pas se plaindre, ne pas tricher, ne pas se glorifier, se méfier des grands mots. Interrogé un jour sur le serment que son fils Pierre avait prêté sur la mémoire des morts d'Auschwitz, Alter répondra qu'une parole d'homme suffit, et qu'il se méfie de tout serment.
L'héritage impossible
Avec Pierre, tout se dérègle. Le fils aîné reçoit l'intensité morale du combat sans le cadre qui l'avait tenue. Élevé pour partie dans le souvenir de la Résistance et de la Pologne, fasciné par une violence que son père, lui, avait toujours instrumentée sans jamais la célébrer, il transforme l'exigence en errance : la Sorbonne désertée, la guérilla vénézuélienne, puis, au retour, le banditisme.
Au printemps 1970, quand le nom de Pierre Goldman apparaît dans la presse, accusé du meurtre de deux pharmaciennes, Alter pense d'abord à une homonymie, à un passeport volé. Puis il voit la photographie. Il ne se précipite pas à la prison de Fresnes ; ce délai lui sera reproché, mais il a la cohérence brutale de sa vie : il ne confond pas l'amour et l'aveuglement. Quand il se décide, il ne commence pas par une étreinte, mais par une question, celle de la culpabilité, "Est-ce toi ou n'est-ce pas toi ?". La réponse de son fils lui suffit. Il soutiendra Pierre sans jamais transformer son cas en bannière, se méfiant autant des foules qui condamnent que de celles qui idolâtrent. Condamné à perpétuité en 1974, Pierre est acquitté du chef de meurtre en 1976, puis assassiné en pleine rue le 20 septembre 1979, dans des circonstances jamais élucidées. Sur ce drame, Alter ne fera pas de littérature. Il encaisse, et il se tait.
Tu manques
D'un même père, silencieux et intègre, sont issues trois trajectoires que rien ne laissait prévoir aussi divergentes. Pierre a reçu l'intensité sans le cadre. Jean-Jacques et Robert, nés après-guerre dans le commerce de Montrouge, ont reçu le cadre plutôt que la violence : le travail, la pudeur, la méfiance envers les slogans, le refus de l'ostentation.
Jean-Jacques Goldman n'a découvert l'ampleur du rôle résistant de son père que tardivement : il a raconté ne l'avoir appris, par un ministre, que six mois avant la mort d'Alter, à l'époque même de la Légion d'honneur. Des valeurs paternelles, il a régulièrement cité l'honnêteté, le goût du travail, la joie d'être vivant, une grande indépendance d'esprit et la primauté de la culture sur les biens matériels, héritage d'un homme qui avait connu l'exil et la pauvreté. Il en a résumé la leçon d'une phrase : tout ce qu'il fait, dit-il, revient à essayer de ressembler à son père. En 2016, il a confié à Fred Hidalgo que sa chanson "Tu manques" faisait référence à ce père qui venait de disparaître : trois accords, une nuit, une prise live, le manque tenu sans emphase.
L'hommage affleure aussi dans les signatures des deux fils auteurs-compositeurs. Robert Goldman réserve certains de ses textes les plus graves au pseudonyme "Moïse Albert", écho au prénom Mojze et au nom de résistance Albert. Jean-Jacques, lui, cosigne en 2000 la chanson "J'avais", avec Gildas Arzel, sous le nom de "B. Alter", que l'on lit "ben Alter", le fils d'Alter. Ces deux hommages voilés sont documentés par le présent site ; leur décodage tient à la cohérence des noms plus qu'à une déclaration publique des intéressés.
Léon Landini a rapporté une conversation avec Jean-Jacques, qui voyait en ces combattants des héros : il lui avait répondu qu'aucun d'eux n'avait jamais aspiré à l'être, qu'ils vivaient dans la peur et devaient la dompter pour agir. En 2013, l'écrivain Sorj Chalandon, qui avait croisé Alter et ses camarades, rendait hommage à celui qu'il présentait comme le "chef des commandos d'action qui ont libéré Villeurbanne", disant leur devoir d'avoir réappris auprès d'eux le sens du mot dignité. En septembre 2025, à la mort de Landini, il saluait de nouveau la mémoire d'Alter Mojze Goldman, "Albert".

Entrer dans la loi (1988)
La reconnaissance arrive quand tout est presque fini. Sur son propre passé, Alter Goldman s'était tu presque toute sa vie ; son ami Michael Jones a rappelé que cette génération de combattants préférait laisser la guerre derrière elle. Ce n'est qu'en 1988, à l'occasion de la procédure qui devait le faire chevalier de la Légion d'honneur, que la famille prit la mesure de son rôle. Le décret est du 13 juillet 1988. La cérémonie a lieu le 19 novembre 1988 à Vénissieux, près de l'emplacement de l'ancien camp : sous les yeux de Jean-Jacques, venu de Paris avec toute la famille au lendemain de l'un de ses concerts, Alter Goldman est décoré, avec quatre de ses camarades, par le colonel Schoepfer. La République reconnaît, et reconnaît tard : décerner une décoration quelques jours avant la mort, ce n'est pas couronner une carrière, c'est rattraper un oubli. Il meurt le 1er décembre 1988, à Vénissieux, à l'âge de soixante-dix-neuf ans.
Il n'a pas écrit ses mémoires. Il n'a pas organisé sa vie en récit. Il laisse des archives, des dossiers, des témoignages recueillis par d'autres, et surtout ce silence qui n'est pas un vide mais une discipline : refus de la légende, refus de la simplification, refus de devenir un personnage. Sa grandeur n'est pas narrative, elle est éthique. Elle tient dans une ligne tendue : agir quand il faut agir, se taire quand il n'y a rien à ajouter, ne pas confondre justice et vengeance, ni fidélité et obéissance, ne mendier ni l'égalité ni la reconnaissance. Alter Mojze Goldman n'est pas "le père de". C'est un homme entré dans la loi, sans jamais chercher à entrer dans l'Histoire.

Les questions que les routes ont laissées dans l'histoire…
Qui était Alter Mojze Goldman ?
Un juif polonais né en 1909 à Lublin, immigré en France à quinze ans, ouvrier puis commerçant, responsable de la Résistance juive armée en zone Sud sous le nom d'Albert, resté toute sa vie en retrait de toute glorification. Il est entré dans la loi sans jamais chercher à entrer dans la légende.
Qui était le père de Jean-Jacques Goldman ?
Alter Mojze Goldman. Un homme silencieux, travailleur, profondément politique dans ses choix, mais jamais dans la posture. Jean-Jacques n'a découvert l'ampleur de son rôle dans la Résistance que six mois avant sa mort, à l'occasion de sa Légion d'honneur, en 1988.
Quel était le nom de résistance d'Alter Goldman ?
Albert. C'est sous ce prénom que le désignent ses compagnons de combat, la presse lyonnaise de 1988 et la notice du Musée de la Résistance en ligne, intitulée "Alter Goldman dit Albert".
Alter Mojze Goldman était-il communiste ?
Oui, mais jamais aveuglément. Militant dès l'adolescence dans la section juive du parti communiste, il rompt très tôt avec le stalinisme, dès les procès de Moscou de 1936, puis avec le parti lui-même, au milieu des années 1950, dans le sillage de l'affaire des Blouses blanches. Il restera un communiste sans parti.
Pourquoi Alter Goldman a-t-il refusé de rejoindre les Brigades internationales en 1936 ?
Parce que les procès de Moscou l'avaient bouleversé. Présent à Barcelone en 1936 pour les Olympiades populaires avec l'équipe de basket de son club, il refuse de suivre ceux de ses camarades qui s'engagent dans la compagnie Botwin des Brigades : il ne comprend pas qu'il faille haïr des hommes qu'il avait admirés.
Quel rôle Alter Goldman a-t-il joué dans la Résistance ?
Un rôle militaire et organisationnel de premier plan dans la Résistance juive armée en zone Sud. Entré dans la section juive de la MOI à Lyon en 1942, chargé par l'UJRE de former les premiers groupes de combat en 1943, il en devient le responsable militaire pour toute la zone Sud en juin 1944, et prend part à la libération de Villeurbanne. Son compagnon d'armes Léon Landini le désignait comme "responsable des groupes de combat juifs à Lyon".
Alter Goldman a-t-il participé au sauvetage des enfants du camp de Vénissieux ?
Rien ne permet de l'affirmer nommément. Le sauvetage des enfants de Vénissieux, à l'été 1942, est l'œuvre d'un réseau associé à Charles Lederman, au père Chaillet, à l'abbé Glasberg et à Gilbert Lesage. Les groupes de combat de l'UJRE, qu'Alter a organisés, ont mené d'autres opérations de sauvetage d'enfants, mais les documents d'archives ne le désignent pas individuellement. C'est à Vénissieux qu'il fut décoré en 1988, ce qui a pu nourrir la confusion.
Pourquoi Alter Goldman a-t-il gardé le silence sur son passé ?
Par éthique, et sans doute par protection. Pour lui, la Résistance n'était pas un capital symbolique. Son ami Michael Jones a rappelé que cette génération préférait laisser la guerre derrière elle.
Pourquoi Alter Goldman a-t-il enlevé Pierre à sa mère après la guerre ?
Parce qu'il refusait que son fils soit élevé en Pologne, pays qu'il jugeait antisémite, lorsque la mère de Pierre décida d'y retourner en 1947. Il a lui-même employé le mot "kidnappé", et confié l'enfant à sa sœur avant de le récupérer à son mariage, en 1949.
Pourquoi Pierre Goldman a-t-il suivi une trajectoire si différente de celle de ses frères ?
Parce qu'il a reçu l'intensité du combat sans le cadre de la retenue. L'exigence morale transmise par Alter était lourde à porter sans médiation. Jean-Jacques et Robert, nés après-guerre, ont reçu davantage le cadre que la violence.
Comment Alter Goldman a-t-il réagi à l'arrestation de Pierre ?
Avec une sobriété radicale. Convaincu de l'innocence de son fils, il n'est allé le voir à Fresnes qu'après lui avoir posé une seule question, celle de sa culpabilité, et s'être contenté de sa parole. Il se méfiait des serments : pour lui, la parole d'un homme suffisait.
Que signifie "entrer dans la loi" pour Alter Mojze Goldman ?
Ce n'est ni obéir ni se soumettre. C'est assumer : gagner un pays sans mendier, mener un combat sans haine, se taire quand la parole devient dangereuse.
Pourquoi parle-t-on si peu d'Alter Mojze Goldman aujourd'hui ?
Parce qu'il n'a rien fait pour être raconté. Il a laissé des actes, pas un récit. Une empreinte, pas une autobiographie. Et parce que son nom est parfois confondu, dans les bases de données, avec celui d'un autre résistant homonyme.
Ces liens que l'on sécrète…
- Le réseau familial : Biographie de Pierre Goldman, Qui est Jean-Jacques Goldman ?, Qui est Robert Goldman ?
- Les hommages voilés : Qui est Moïse Albert ?, Qui est B. Alter ?
- La voix d'Alter : l'entretien de 1976, "L'homme qui est entré dans la loi"
- La Légion d'honneur : "Albert Goldman fait chevalier", Lyon Matin, 20 novembre 1988
- Exégèse de la chanson "Tu manques".
Sources
- Fabrice Bourrée, "Alter Goldman dit Albert", Musée de la Résistance en ligne (Fondation de la Résistance), d'après le Service historique de la Défense (Vincennes, GR 16 P 261811), les Archives nationales (dossier de naturalisation 12369 X 1930), le Mémorial de la Shoah (témoignage manuscrit d'Albert Goldman recueilli par David Diamant), et les travaux de Jacques Ravine et d'Éric Le Bourhis.
- Wladimir Rabi, "Entretien avec Alter Goldman" (Montrouge, 19 janvier 1976), supplément aux Temps Modernes, n° 353, décembre 1976 (texte français reproduit sur parler-de-sa-vie.net ; traduction anglaise sur Marxists Internet Archive).
- Salim Lamrani, "J'ai été élevé avec la haine du fascisme et la nécessité de toujours faire front à l'oppression. Conversations avec Léon Landini", Études caribéennes, n° 15, novembre 2025.
- Françoise Monnet, "Albert Goldman fait chevalier", Lyon Matin, 20 novembre 1988.
- Base Léonore, Grande chancellerie de la Légion d'honneur (décret du 13 juillet 1988, au titre des anciens combattants).
- Philippe Labro, entretien avec Jean-Jacques Goldman, Le Point, n° 975, 27 mai 1991.
- Sorj Chalandon, entretien par Nicolas Norrito, CQFD, n° 115, octobre 2013 ; hommage à Léon Landini, septembre 2025.
- "Les secrets de Goldman", Le Nouvel Observateur, 11 septembre 2014 (extraits d'Éric Le Bourhis, Le Mystère Goldman. Portrait d'un homme très discret, Prisma, 2014).
- Fred Hidalgo, Jean-Jacques Goldman. Confidentiel, L'Archipel, 2016.
- Frédéric Quinonero, Jean-Jacques Goldman. Vivre sa vie, Hachette, 2017.
- Pierre Goldman, Souvenirs obscurs d'un juif polonais né en France, Seuil, 1975.
- Claude Pennetier, notice "Goldman Pierre, Bernard", Le Maitron, 2010.
- Le Parisien, dossier du 22 septembre 2023 (repris par Femme Actuelle et jforum) : à manier avec prudence, la date de la cérémonie (12 novembre) et l'attribution personnelle du sauvetage de Vénissieux y étant erronées.