Qui est Alter Mojze Goldman ?

Qui est ?

Père de Pierre Goldman, de Jean-Jacques Goldman et de Robert Goldman, acteur majeur de la Résistance, Alter Mojze Goldman a traversé le siècle dans la discrétion, laissant ses actes parler à sa place.

TL;TR - Too Long; The Road 😉

De quoi parle ce texte ?

Ce texte retrace le parcours d’Alter Mojze Goldman, immigré juif polonais devenu résistant central de la zone Sud, non pour en faire une figure héroïque de plus, mais pour comprendre comment une vie faite de travail, de clandestinité et de retenue a produit, sans discours ni légende, trois trajectoires publiques profondément différentes : celles de Pierre, Jean-Jacques et Robert Goldman.

Ce que ce texte ne fait pas

Il ne mythifie pas la Résistance. Il ne psychologise pas à l’excès. Il ne cherche ni l’hagiographie, ni la réhabilitation idéologique. Il ne raconte pas une “belle histoire”. Il documente une ligne morale tenue dans un siècle qui ne l’était pas.

Les quatre figures, brièvement

  • Alter Mojze Goldman : Résistant juif armé, antistalinien précoce, organisateur et sauveteur d’enfants, il a refusé toute glorification et tout récit de soi, préférant le silence à la légende.
  • Pierre Goldman : Héritier sans cadre, il reçoit l’intensité morale sans les digues, transforme l’exigence en errance, et devient une figure tragique où se concentrent violence, injustice judiciaire et mythe politique.
  • Jean-Jacques Goldman : Héritier sans discours, il reçoit la tenue sans la violence, transforme l’éthique en retrait, et fait de la discrétion, du refus des postures et de la fidélité silencieuse une œuvre.
  • Robert Goldman : Tout comme son père, il a choisi de rester dans l’ombre, alors que tout comme son frère, il est devenu un auteur-compositeur à succès pour de nombreux artistes.

La thèse centrale

La Résistance ne transmet pas mécaniquement une sagesse. Elle transmet une énergie morale, qui peut sauver, structurer - ou brûler. Ce qui distingue les trajectoires, ce n’est pas l’héritage, mais le cadre dans lequel il circule.

Pourquoi ce texte existe maintenant

Parce que les confusions persistent. Parce que les raccourcis biographiques simplifient ce qui ne devrait pas l’être. Parce qu’Alter Mojze Goldman reste trop souvent réduit au statut de « père de. Ce texte existe pour rendre à l’histoire sa complexité, et pour rappeler qu’il existe des grandeurs qui ne se racontent pas, mais qui continuent d’agir, longtemps après.

Les questions que les routes ont laissées dans l’histoire…

Qui était Alter Mojze Goldman ?

Un juif polonais né en 1909 à Lublin, immigré en France à quinze ans, ouvrier, résistant central de la zone Sud, antistalinien précoce, resté toute sa vie en retrait de toute glorification. Il est entré dans la loi sans jamais chercher à entrer dans la légende.

Qui était le père de Jean-Jacques Goldman ?

Alter Mojze Goldman. Un homme silencieux, travailleur, profondément politique dans ses choix, mais jamais dans la posture. Jean-Jacques n’a découvert l’ampleur de son rôle dans la Résistance que six mois après sa mort.


Qui était le père de Pierre Goldman ?

Alter Mojze Goldman. Mais la transmission entre le père et le fils aîné fut conflictuelle, fragmentée, tragique : Pierre hérite de l’énergie morale du combat sans en recevoir pleinement le cadre.


Alter Mojze Goldman était-il communiste ?

Oui - mais jamais aveuglément. Issu du socialisme juif (Bund), tenté par le communisme, il rompt très tôt avec le stalinisme après les procès de Moscou, puis définitivement après-guerre. Il restera toute sa vie un communiste sans parti.


Pourquoi Alter Goldman a-t-il refusé les Brigades internationales en 1936 ?

Parce qu’il perçoit très tôt la mainmise stalinienne sur ces structures et refuse de confondre combat antifasciste et discipline idéologique. Ce refus fonde son indépendance future dans la Résistance.


Quel rôle Alter Goldman a-t-il joué dans la Résistance ?

Un rôle militaire et organisationnel central dans la Résistance juive armée en zone Sud : FTP-MOI, MOI juive, UJRE. Formation de groupes, sabotages, exécutions ciblées, sauvetage d’enfants, notamment à Vénissieux.


Alter Goldman était-il un chef de la Résistance ?

Oui, mais sans culte de l’autorité. Il commandait par la compétence, la rigueur et la confiance, non par le charisme ou la rhétorique. Il refusait toute spectacularisation de l’action.


Pourquoi Alter Goldman a-t-il gardé le silence après la guerre ?

Par éthique. Pour lui, la Résistance n’était pas un capital symbolique, mais une nécessité historique. Il savait que le récit héroïque écrase les nuances et fabrique des vocations impossibles.


Pourquoi Alter Goldman a-t-il quitté le Parti communiste français ?

Parce que le stalinisme ne lui apparaissait pas comme une dérive passagère, mais comme un système. Les procès des Blouses blanches confirment ce qu’il avait compris depuis longtemps.


Pourquoi Alter Goldman a-t-il enlevé Pierre à sa mère après la guerre ?

Parce qu’il refusait que son fils soit élevé dans un univers idéologique totalisant, qu’il jugeait déjà autoritaire et antisémite. Ce geste, brutal, obéit à une cohérence morale plus qu’à une logique affective.


Pourquoi Pierre Goldman a-t-il suivi une trajectoire si différente ?

Parce qu’il a reçu l’intensité du combat sans le cadre de la retenue. L’exigence morale transmise par Alter était trop lourde pour être portée sans récit, sans médiation, sans apaisement.


Alter Mojze Goldman croyait-il à la justice ?

Il respectait la loi, mais ne sacralisait aucune institution. Il savait ce que valent les procédures quand l’air du temps est chargé d’idéologie, de peur ou d’antisémitisme latent.


Comment Alter Goldman a-t-il réagi à l’arrestation de Pierre Goldman ?

Avec une sobriété radicale. Il n’est allé voir son fils qu’après avoir obtenu une réponse claire à une seule question : “Est-ce toi ou n’est-ce pas toi ?” La parole nue lui a suffi.


Pourquoi Alter Goldman n’a-t-il jamais parlé publiquement après l’assassinat de Pierre ?

Parce qu’il refusait toute récupération du drame. Ni colère spectaculaire, ni combat idéologique, ni récit réparateur. Il encaisse et se tait.


Pourquoi Jean-Jacques Goldman a-t-il eu une trajectoire si différente de celle de son frère Pierre Goldman ?

Parce que Jean-Jacques a reçu le cadre plus que la violence : le travail, la pudeur, la méfiance envers les slogans, le refus de l’ostentation. Une éthique du retrait plutôt qu’un imaginaire du combat.


Pourquoi Jean-Jacques Goldman a-t-il refusé toute panthéonisation de son père ?

Par fidélité. Alter n’a jamais agi pour être honoré ; Jean-Jacques refuse que cette vie soit transformée en statue, en nom de rue ou en récit simplificateur.


Que signifie “entrer dans la loi” pour Alter Mojze Goldman ?

Ce n’est ni obéir ni se soumettre. C’est assumer : un pays sans mendier, un combat sans haine, un silence quand la parole devient dangereuse.


Pourquoi parle-t-on si peu d’Alter Mojze Goldman aujourd’hui ?

Parce qu’il n’a rien fait pour être raconté. Il a laissé des actes, pas un récit. Une empreinte, pas une autobiographie.


En quoi le parcours d’Alter Goldman éclaire-t-il notre époque ?

Il rappelle qu’on peut être radical sans être aveugle, engagé sans être dogmatique, juste sans posture - et que cette forme de grandeur résiste mal aux récits simplifiés.

Hommages discrets

  • “C’était mois de novembre, le samedi 17 au soir.” À la question d’Éric Saya - “Le samedi 17 novembre, est-ce qu’il y a quelque chose de particulier ce jour-là ?” - Jean-Jacques Goldman répond simplement : “C’est l’anniversaire de mon père, sa date de naissance.” (Sans limites, Radio Kol Hachalom, 22 juin 2002).
  • Sous le pseudonyme de “Moïse Albert” - clin d’œil transparent à Alter Mojze Goldman - Robert Goldman réserve ses textes les plus graves et engagés, comme si ce nom biblique lui permettait d’écrire au plus près de l’exil, de la transmission et d’une fidélité silencieuse.
  • Sous le pseudonyme “B. Alter” - à entendre comme ben Alter, le fils d’Alter - Jean-Jacques Goldman signe en 2000 “J’avais” avec Gildas Arzel, un geste discret où l’amitié musicale se double d’un hommage filial à peine voilé.
  • J’ai eu la chance extraordinaire, à un moment donné, de croiser la route d’Alter Mojze Goldman (1909-1988), le père de Pierre, Jean-Jacques, Évelyne et Robert, et chef des commandos d’action qui ont libéré Villeurbanne. Avec ces gens, j’ai réappris le sens du mot "dignité". Ils ne se sont pas battus pour eux, mais pour que ma fille puisse manger une putain de glace au chocolat dans un square. Ils me hantent et chaque fois que je peux, j’en parle. (Sorj Chalandon : "Je vis avec la mort et la trahison en essayant de me garder de l’une et de l’autre." CQFD n°115, octobre 2013)
  • “Tu manques fait référence à mon père qui venait de disparaître.” (Jean-Jacques Goldman, cité dans Jean-Jacques Goldman. Confidentiel, Fred Hidalgo, 2016). Dix minutes, trois accords, une chanson venue en une nuit, et enregistrée live.

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Crédits photo

  • Photo : Collection privée