Léman émerveille : Plongée dans l'univers d'un artiste aux multiples reflets (1/2)

Rencontres

Léman émerveille : Plongée dans l'univers d'un artiste aux multiples reflets (1/2)
Entretien enregistré par Zoom le 13 novembre 2023
Propos recueillis et retranscrits par Jean-Michel Fontaine

Jean-Michel Fontaine

Léman, tu es né à Genève et tu t’appelles Clément. Ce pseudo était-il une évidence pour toi, un surnom que tu portais depuis ta plus tendre enfance ?

Léman

Ce n'était pas du tout une évidence, non. J'ai mis longtemps à trouver un pseudo. J'ai cherché pendant très longtemps à essayer d'avoir des références de trucs artistiques que j'aime bien. C'est d'ailleurs un concert où j'ai été invité par mon pote Louis Delort, qui est chanteur. Il faisait un concert dans le Sud et il m'avait invité à passer le week-end avec eux, à chanter deux ou trois chansons sur scène. C'était un peu des mini-vacances. Et je tannais tout le monde pour trouver un nom. À ce moment-là, j'étais vraiment en pleine réflexion et ça me bouffait le cerveau. Et il m'a dit, mais vraiment comme une évidence "Mais pourquoi tu ne t’appelles pas Léman ?” Et c'est vraiment tombé du ciel comme ça. Et je me suis dit, “Ouais, en fait, c'est simple, ça me va bien. J'y trouve du sens. Ça résonne un peu au fond de moi.” Alors que ça faisait vraiment des semaines que je cherchais et que je voulais un truc qui me parle, parce qu’après tout c'est un truc assez intime. Il a décelé l'évidence.

C’était en 2018, dans ces eaux-là ?

C’était en 2017, quelque chose comme ça.

Tu as grandi à Châtillon-en-Michaille, dans l’Ain, puis à Sallanches, en Haute-Savoie, avant de t’installer à Lyon pour tes études. Dans tes chansons, tu parles beaucoup d’introspection, de tes sentiments, de tes ressentis, de la société, mais pas de tes lieux de vie. Est-ce que tu as des attaches, un lieu que tu as fait tien ?

C'est une bonne question. Je ne crois pas, non. Pas de lieu en particulier. C'est plutôt des paysages, des trucs comme ça. La montagne en général ou beaucoup la mer, alors que je n'y ai pas grandi, ou l'océan ou des trucs comme ça. Là, vraiment à chaque fois, ça me fait une sensation très étrange quand je suis face à l'océan. À la fois, c'est très attirant parce que c'est super cool de se baigner et en même temps, moi, ça me terrifie parce qu'on ne sait pas ce qu'il y a vraiment au fond. Dans les premiers mètres, on sait, mais on connaît mieux l'espace que l'océan, il me semble. C'est ce que je veux dire. Et voilà, c'est pas un endroit en particulier, mais plutôt des paysages, oui.

Tu es un enfant du rock et de la musique classique. Quand as-tu commencé à apprendre la musique ?

Je suis un enfant du rock, ça c'est clair, de la musique classique, au même titre que plein de styles de musique, mais certains plus que d'autres quand même, musique classique, du rap, de l'électro beaucoup… Quand est-ce que j'ai commencé à apprendre la musique ? Je pense comme beaucoup d'autres, beaucoup de gens, quand j'étais ado, vers 14 ans, un truc comme ça, où mon père m'a demandé si je voulais faire un instrument de musique. Et comme ça, j'ai répondu, “la guitare électrique”. Je ne sais pas trop pourquoi, c’était Angus Young d’ACDC qui devait me faire rêver. Au début, je n'étais pas très assidu à cet exercice. Et puis, en fait, après, en grandissant, j'ai trouvé une forme d'évidence et de refuge. Et après, ça ne m'a plus jamais lâché. La guitare d'abord, après le chant, un ou deux ans après. Puis, c'était vraiment les deux avec la compo, l'écriture, etc. Aujourd'hui, c'est beaucoup avec les ordinateurs et tout ça, la MAO.

J'étais persuadé que tu avais une formation académique à la base, parce que tu maîtrises tellement bien la technique, la composition, les arrangements que j'aurais mis ma main à couper que tu avais commencé le piano et le solfège à l’âge de cinq ans.

Non, pas du tout. Par contre, ce que tu dis, ce n'est pas faux. J'ai appris beaucoup tout seul avec des cours de guitare privés. Et après, une fois que j'ai eu le bac, je suis allé faire deux écoles à Lyon où je ne faisais que ça. J’avais une spécialité en guitare et là-bas, il y avait des cours de théorie, des cours de rythme, plein de trucs. On faisait de la musique tout le temps. Et c'est là où j'ai beaucoup rattrapé mon retard en termes d'écriture, d'arrangement, vraiment purement classique.

Au collège, ton premier groupe s’appelait "Mona Lisa Klaxon", du nom de la chanson de Jacques Higelin. Quel type de chansons jouais-tu avec ton groupe ?

Wow, tu as fait des recherches pour tomber dessus !

T’as pas idée ! [rires]

Quel type de chanson on jouait ? On faisait du rock français. À l'époque, j'étais juste guitariste soliste. Je ne chantais pas. C'était mon premier groupe, avec lequel j'ai fait mes premières armes. J'avais 15-16 ans. C'était du rock français dans la veine de Jacques Higelin.

Pour moi, Jacques Higelin, c'est le plus grand showman francophone. J'ai eu cette chance extraordinaire de le voir aux Francofolies de La Rochelle en 1989, un concert qui a duré six heures. Et quand je suis sorti du concert à 6h00 du matin, j'avais plus d'énergie que quand le concert a commencé à minuit. Deux ans plus tôt, Jacques Higelin était déjà aux Francofolies, et après le concert, Patrick Bruel était tellement impressionné qu’il a écrit “Casser la voix” dans la foulée après ce concert qui était juste incroyable. Incroyable.

Il a joué pendant six heures d’affilée ?!?

Oui, c’était hallucinant. Hallucinant.

Tu en parlais à l’instant. En 2012, tu obtiens un DEM, un Diplôme d’Études Musicales du CFPM, le "Centre de Formation Professionnelle de la Musique" de Villeurbanne, suivi d’un autre DEM en 2016, en musiques actuelles cette fois-ci, de l’ENM, l’École Nationale de la Musique, de Villeurbanne. Est-ce que ce sont tes parents qui t’ont poussé à effectuer des études, ou est-ce que tu pensais que des études supérieures te permettraient d’être indépendant et autonome dans, par exemple, la réalisation, la mise en scène, la comptabilité, la gestion ? Que recouvrent ces formations ? C'est purement musical ou alors tu peux être ton propre producteur après ces études ?

Non, c'est purement musical. J'ai eu la chance d'avoir mes deux parents qui m'ont toujours soutenu pour faire ça. Depuis que je suis ado, vers 15-16 ans, j'ai dit "Moi, je crois que j'aimerais bien être musicien, faire de la musique toute ma vie." Les deux m'ont dit, "Tu sais, ça va être difficile". Ce n'est pas vraiment une voie très tracée. C'est pour ça que je suis vraiment boulimique de ça. Mon cerveau tourne tout le temps autour de ça. Dès que j'entends des sons, je veux comprendre comment c'est fait, comment c'est arrangé. J'analyse tout le temps plein de trucs, aussi bien en termes de composition, d'arrangement, de technique de mixage, d'écriture aussi, de texte, parce que j'adore ça. Je lis beaucoup de littérature et tout ça, Bref. C'est pour ça qu'après le bac, j'ai voulu pallier ces manques que j'avais en faisant des écoles un peu supérieures. Mais dans ces écoles-là, il n'y avait pas tout ce qui était industrie de la musique. Et c'est tellement compliqué. Les gens ne s'imaginent pas à quel point c'est un truc hyper complexe à comprendre. Tous les domaines qu'il y a dans une carrière artistique à gérer.

Et puis, il faut comprendre les tenants et les aboutissants, sinon tu ne te développes pas bien en tant qu'artiste. Et c'est hyper vaste. L'édition, la production de spectacle, la production phonographique, etc. C'est des trucs que j'ai appris tout seul, avec des copains, en échangeant ce qu'on avait compris sur Internet et aussi, heureusement, en faisant des formations par ci par là, des trucs où tu t'inscris. À Lyon, il y a le dispositif “Avant-scène”, par exemple. Tu as des professionnels du secteur qui viennent parler de tout ça, qui t'apprennent plein de trucs. J'y allais avec mes petites notes. Il y a le Studio des Variétés aussi à Paris où j'ai fait une formation, j'en ai fait plusieurs d'ailleurs, sur la structuration professionnelle de l'artiste. Tout ce côté-là de gestion de carrière, purement management, etc, qui est primordial. Ça, j'ai appris tout seul, comme ça, en cherchant par moi-même. Il n'y a pas de formation comme une école standard.

Tu n'as pas passé ces quatre années-là sur les bancs de l'école, puisque, toujours entre 2012 et 2016, tu es chanteur du groupe de rock électro Hokins. Tu sors deux EP avec ton groupe, des titres en anglais. Est-ce que tu as eu l’impression d’apprendre ton métier de chanteur à travers cette expérience, que ce soit en studio ou sur scène ?

Oui, totalement. C'est très bien dit. C'est exactement ça. Pour moi, en tout cas, ça a été vraiment poser les bases, tout ce qu'on a vécu pendant ces quatre ans, à la fois faire des concerts dans des super mauvaises conditions, on a fait des trucs que je ne ferai plus aujourd'hui, où on avait un concert par soir, on faisait Paris, Clermont, etc. On était en février, on dormait dans le camion sur une aire d'autoroute et ma couverture, c'était ma veste de scène. On mangeait des pizzas pas cuites. Je me faisais réveiller par le froid, moi et les autres. On n'avait pas d'argent pour prendre des hôtels parce qu'on faisait des concerts pas payés. Alors ça forge. Franchement, ça fait bien progresser. On a fait à la fois des trucs comme ça et après, on a fait aussi des Zénith avec Shaka Ponk où c'était l'inverse. C'était gigantesque, incroyable. Vraiment, on a eu une chance folle de vivre ça et je remercierai toujours Frah des Shaka Ponk qui nous a proposé de faire ça. Ça, c'est le côté scène, mais il y a le côté aussi studio de toute la recherche de sons, d'orchestration, les enregistrements… J'ai toujours eu cette chance-là, vu que je suis boulimique d'apprendre plein de trucs en rapport avec la musique, déjà à cette époque-là, on enregistrait beaucoup nous-mêmes chez nous, etc. Donc le fait d'enregistrer soi-même avec du super matos, ça permet d'être quand même dans un plus grand confort que d'être en studio où t'es stressé par "faut être bon direct parce que t'as pas la journée pour tout enregistrer”. Là, on peut prendre un peu plus notre temps. Donc ouais, ça m'a formé sur plein d'aspects, ça c'est clair.

En novembre 2016, Hokins reprend "Vivre ou survivre" de Daniel Balavoine. C’est le titre que tu interprèteras à The Voice quatre mois plus tard. Que retiens-tu de cette expérience ? Comment ça s'est passé chronologiquement ? Je sais que la production de The Voice avait déjà essayé de te contacter. Tu as enregistré “Vivre ou survivre” et ils t’ont dit, “Viens la faire sur The Voice !” ou c'était un clin d'œil parce que tu savais déjà que tu allais chanter “Vivre ou survivre” sur The Voice ?

En novembre 2016, on avait déjà tourné les premiers épisodes de The Voice qui ne sont pas diffusés en direct. C'est la fin qui est diffusée en direct. À la base, je ne voulais pas chanter cette chanson. Je voulais chanter “Grace” de Jeff Buckley à The Voice, mais ils n'ont pas voulu. Donc j'ai montré un peu ce que j'avais en magasin et je leur ai montré “Vivre ou survivre”. Ils ont bien aimé. En parallèle, le groupe était en train de s'arrêter et je me suis dit, voilà, on va sortir cette chanson, ça fera la transition.

Et qu'est-ce que tu gardes de The Voice ? Est-ce que tu as gardé, par exemple, des contacts avec les personnes que tu as rencontrées, que ce soit des candidats, des professionnels, des gens que tu as croisés, des beaux parleurs qui t'ont dit “Tiens, voilà ma carte, appelle-moi quand tu veux, on va sortir quatre albums ensemble”.

Ça, il y en a toujours. Ce que je garde surtout de cette expérience, c'est vraiment plein de trucs. J'ai appris énormément sur moi. Ça m'a fait beaucoup grandir. Musicalement, déjà, c'est quand même des conditions encore très particulières, parce que c'est de la télé. C’est très différent de tout ce que j'avais connu avant. Ce n'est pas du tout les mêmes conditions techniques. Ce n'est pas plus facile, loin de là. Les conditions aussi de stress : énorme, horrible ! Ça aussi, ça m'a fait beaucoup grandir. Et puis, les rencontres humaines. J'ai encore énormément de potes que j'ai rencontrés là-bas et qui sont parmi mes meilleurs potes. Ça fait plusieurs années qu'on reste en contact, que l'on se voit toujours. C'est vraiment hyper intense comme expérience de vie. Je ne regrette pas du tout. Je ne suis pas allé très loin, mais c'était super. Très dur aussi.

Selon ton profil LinkedIn, le projet Léman démarre en octobre 2018. Que s’est-il passé entre la fin de The Voice et la naissance de Léman ?

Une traversée du désert. C'est-à-dire qu’à la fin de The Voice, je me suis dit "OK, je ne sais pas du tout ce que je vais faire maintenant. Je ne sais pas ce que je veux déjà." The Voice, ça n'a pas vraiment marché comme je l'aurais voulu. Sur le moment, je ne le vivais pas très bien, mais avec du recul, je me dis heureusement. C'est souvent comme ça d'ailleurs, les choses dans la vie. Souvent, avec du recul, on se rend compte que heureusement que ça s'est passé comme ça s'est passé". Moi, en tout cas, c'est ce que j'essaie de me dire souvent, de voir le bon dans les choses. Mais quand ça vient d'arriver, parfois, c'est difficile de voir le bon côté. Et donc je me suis dit "OK, mon groupe s'est terminé. J'ai envie de faire de la musique, mais je ne sais pas comment, je ne sais pas sous quelle forme, je ne sais pas avec qui..." Je ne sais pas comment faire, je ne sais pas comment construire, et je n'ai pas de chanson." Je me suis dit, “Je vais prendre le temps de réfléchir”.

J'ai fait mes petites chansons dans mon coin. J'ai sorti quelques titres qui ne sont plus dispo. Je travaillais avec Cyril, le bassiste de Hokins, et on a sorti quelques titres comme ça ensemble. C'était beaucoup de questionnements sur moi, sur ce que j'avais envie de faire. De recherche, de me dire, "Peut-être que je vais arrêter. Peut-être que je vais arrêter la musique, je ne sais pas, parce que je ne sais pas quoi faire." Je pensais même commencer des études d'avocat. Voilà, j'étais perdu. J'étais vraiment perdu. Et il a fallu du temps pour que je me dise, "Mais en fait, non, parce que je ne peux pas faire autre chose. Ça me rendrait trop malheureux. Ça me rendrait vraiment trop malheureux de ne pas faire ça." Que faire d'autre ? Je ne sais pas. Je donnais des cours de guitare à côté, mais l'économie des cours de guitare dans des petites écoles, c'est compliqué parce que tu as quatre ou cinq heures par ci dans une école, quatre ou cinq heures par là. Du coup, ça te banalise toute la journée et ça fait qu'à la fin, t'as à peine moins qu'un RSA, et le RSA vient un peu compléter.

Pendant plusieurs années, c'était ça pour moi et c'est difficile de vivre comme ça. Je me disais, "Je préfère faire ça et faire de la musique, même si ce n’est que pour moi, mais on verra bien." C'était un peu une forme d'abandon, mais d'abandon dans le bon sens du terme, c'est-à-dire de lâcher prise, cette période-là. Jusqu'au moment où je me suis dit, "en fait, j'ai toujours essayé de faire de la musique pour plaire”. A qui ? Je ne sais pas, mais sans doute à plein de gens différents. Et en fait, je m'en fous. Là, je vais arrêter, je vais faire de la musique pour moi." J'ai toujours été passionné de politique, de théorie politique, de vivre ensemble, de comprendre comment, alors qu'on n'est pas tous d'accord par définition, on arrive à faire nation, à vivre ensemble. J'ai toujours trouvé ça passionnant.

En parallèle, on assistait au mouvement des gilets jaunes. J’ai envie d'écrire dessus. Ça peut être clivant, mais je m'en fous. Je mets toutes mes tripes, toujours, dans mes chansons. Je vais faire du mieux possible. J'ai commencé à sortir d'autres chansons, à écrire des chansons très tristes pour certaines, qui ne sont pas encore sorties.

On va arriver évidemment à tes chansons, mais ton premier titre sous le nom de Léman était une reprise des Doors, "My wild love", en janvier 2021. Pourquoi ce choix ?

Bonne question. Parce que j'adore les Doors et j'adore cette chanson depuis toujours. Je trouve que la ligne de chant est incroyable, mais je trouve pas géniale l'orchestration autour. J'ai beaucoup écouté les Doors, et quand j'ai réécouté cette chanson, je me suis dit qu’il y avait moyen de faire beaucoup mieux si on change les accords. J'ai juste gardé la ligne de chant qui est vraiment génialissime et j'ai changé les accords autour. Et ça a changé toute la sensation de la chanson, je trouve. Après, les gens jugeront. J'ai tout fait tout seul. L'enregistrement, l'arrangement, j'ai tout écrit tous les instruments, j'ai tout joué, j'ai mixé, j'ai masterisé.

Remplace “My Wild Love” par “La danse des canards”, c'est exactement la même chose.

Oui, c'est clair, c'est la même idée. Changer l'orchestration.

Je te propose que l’on aborde la thématique que je trouve la plus fascinante : la création des chansons. Est-ce que tu as un processus créatif particulier ? Est-ce que tu commences par les paroles, la mélodie, un gimmick… ? Ça dépend des cas… ?

Ça dépend des cas. Ça dépend des types de chansons. Pour “Les plus bornés”, je me suis réveillé en pleine nuit. Comme ça m'arrive d'avoir des insomnies, je réfléchissais, et je ne sais pas, la phrase “Les plus bornés seront éborgnés, dents déchaussées sur la chaussée” m'est venue. J'avais juste ça et j'ai écrit quasiment le premier paragraphe sans savoir ce que ça allait être. Et puis après, à un autre moment, bien plus tard, j'ai pris ma guitare, comme ça, il y a trois accords qui me sont venus et j'ai cette ligne de chant qui m'est venue. Puis après, j'ai construit le reste de la chanson comme ça. Pour celle-ci, c'est partie du texte. Trouver une mélodie par rapport aux mots. Mais c'est assez rare quand ça se passe comme ça. Généralement, j'ai ma guitare, et j'ai une mélodie qui me vient. Et avec cette mélodie, il y a des mots qui sont plus ou moins évidents. Et de ces mots-là se dégage une thématique. Et de la thématique, je brode autour et j'en construis un texte. La plupart du temps, pour moi, ça se passe comme ça.

Ce que je trouve incroyable, je pense notamment à “Petit garçon” et “On attend”, évidemment, c’est que ton écriture est extrêmement rythmique. Comment arrives-tu à développer ce sens du rythme, à garder ce sens du rythme dans les paroles ? Et bon courage pour les chanter sur scène, parce qu'en studio, tu peux faire 50 enregistrements, mais alors sur scène, je ne sais pas comment tu fais pour chanter ces titres-là !

Tu veux dire au niveau du souffle ?

Oui !

Je fais du sport, un petit peu. J'essaie de faire simple, mais dans le bon sens de la simplicité, c'est-à-dire efficace en termes de sonorité, et en même temps qui ont du fond, qui veulent dire des trucs. Quand on se rend compte qu'il y a du fond, je trouve ça intéressant. Après, il y a d'autres titres qui ne sont pas encore sortis, mais qui sont plus écrits.

Parfois, ça me prend des semaines et des semaines de réflexion pour un mot, pour un vers !

Justement, comment trouves-tu l'équilibre entre le sens des paroles et leur musicalité ? Est-ce que tu as déjà dû faire des compromis ?

Oui. Parfois, j'ai une mélodie, j'ai des mots qui sont dessus et je me demande s’il n'y a pas de sens plus profond à trouver. Je cherche, je cherche, je cherche… Parfois, ça me prend des semaines et des semaines de réflexion pour un mot, pour un vers ! Et en fait, je ne trouve rien qui sonne mieux que ce qui était m’était venu sur l'instant quand j'ai composé le premier jour.

Par exemple sur "On attend" le "quelques secondes", j'ai cherché pendant des semaines quelque chose pour le remplacer. Mais c’est trop évident, le “secondes”, il rebondit bien, ça a du sens, ça marche avec ce que je veux dire. Pourquoi faire plus compliqué quand ça, c'est tellement efficace ? Mais il y a toujours un moment de réflexion où on ne voit pas l'évidence qui est pourtant au milieu du nez de la figure. Ce n'est pas ça l'expression, mais tu as compris. [rires] Et en parallèle de ça, j'ai la chance de travailler avec plein de gens. Je n’écris pas les chansons tout seul. J'envoie les sessions à différents collègues pour qu'ils arrangent des petits trucs par ci par là. Des gros trucs, parfois. Ça dépend des chansons. Et pareil pour les textes, je me fais toujours relire. Parfois, il y a même des chansons que je n'ai pas du tout écrites tout seul. On les écrit totalement à deux. Par exemple, “On attend”, mais aussi, “On est plein”, je l’ai écrite avec Marc. Et puis il y a des chansons que j'écris tout seul, comme “Les plus bornés”.

Justement, la plupart de tes chansons, en tout cas celles que je connais, sont co-écrites et co-composées avec notamment Marc Chaperon ou Clémentine Bailly pour les paroles et Marc Chaperon et Johan Putet pour la musique. Comment est-ce qu'on travaille sur une chanson à plusieurs... ? L'impulsion initiale primordiale, c'est toi et tu leur demandes de faire du fine tuning ou est-ce que parfois, tu sèches, et tu dis, “Ah, Clémentine, j'ai besoin que tu m'aides parce que je ne sais pas ce qu’une fille vit quand elle se promène dans la rue et qu'on lui met une main aux fesses”.

Il y a plusieurs réponses à apporter. Premièrement, ça dépend des chansons. Comme je viens de le dire, systématiquement, j'aime bien me faire relire. Il y a des chansons qui partent vraiment d'un groupe. Par exemple, "On attend" à la base, elle a été composée avec Manu [Freson] et Pierre [Dumoulin] à Liège, [dans les studios de Kargo Songwriting]. On était en studio et j'étais venu avec un petit vocal du refrain, d'une mélodie comme ça qui m'était venue. On a construit toute la chanson ensemble : la mélodie du couplet, avec les premiers mots qui sont tombés. Et après, j'ai réécrit le texte avec Marc, je l'ai fait relire à Clémentine. Johan est intervenu après sur tous les arrangements additionnels.

“Petit garçon” parle de ce que je vis, de ma vie en tant qu'homme et en tant que blanc, ou plutôt de ce que je ne vis pas et des privilèges que je peux avoir et que d’autres n’ont pas.

Du fait de ne pas vivre tout un tas de trucs qui sont quand même très désagréables. Pour le coup, par exemple, les mains aux fesses, j'en ai jamais reçu. Et évidemment qu'il y a tout le deuxième couplet qui parle de cet aspect-là, le privilège masculin. Comme je travaille avec Clémentine sur d'autres chansons, il fallait évidemment que j'aie son regard, sa critique, ses mots aussi quelque part pour parler de ça. J'ai répondu à la question ?

Oui, en partie, puisque je vais enchaîner. Clémentine a co-écrit "On attend", "Petit garçon", "Ton visage". Est-ce que les chansons auraient été différentes sans cette touche féminine qu’elle t’a apportée ?

C'est sûr. Oui, bien sûr. Ne serait-ce que sur un regard critique. Parfois, je lui montre des chansons, qu’elle ne trouve pas géniales, alors que pour moi, elles sont super. Ça me permet de prendre du recul, de me demander si elle n’a pas capté ce que j'essaie de faire. Peut-être que c'est mal fait aussi. Et qu'elle a raison. Parfois, ça prend du temps, parfois, il faut laisser reposer. Ça dépend des chansons, en fait. Parfois, je me dis qu’elle a raison. Parfois, c'est elle qui trouve mieux. Parfois, c'est pas elle. C'est toute la team avec qui je travaille. Je demande toujours les avis de tout le monde et après, c'est à moi de dealer avec ça en me demandant si je suis sûr de moi ou pas. L'exemple que j'aime bien donner, parce qu’il est très parlant, c'est “Mais par Toutatis, que fait la police”. En jouant de la guitare, ces mots-là sont venus comme ça. Je me suis dit, “j'adore, c'est très simple !” et en même temps, c'est pas simple du tout. Ça évoque plein de trucs. Manu, mon éditeur, n’accrochait pas trop. Mais moi, j'étais sûr de moi. Et donc je l'ai gardé. Et puis après, ça a eu un retentissement sur les réseaux sociaux où plein de gens chantaient, plein de jeunes qui chantaient “Mais par Toutatis, que fait la police”. C'est rigolo.

C'est comme “Tra la li tra la la”. C'est important dans la chanson pour ne pas dramatiser la chanson qui aborde un thème extrêmement lourd à la base. Et ça permet justement de donner cette dimension de second degré qui reste important pour ne pas sombrer dans le pathos.

C'est ça. Du second degré, à la fois de joie un peu enfantine et de naïveté qui cassent le côté lourd de ce que je raconte dans les paroles. Et puis après, il y a les refrains qui sont pleins d'espoir et du fait qu'on arrivera à faire quelque chose d'un peu plus égalitaire en termes de respect des gens et de partager tout ça. “À qui a ça en commun d'être un humain”, comme je dis à la fin. Il y a des fois, je n'ai pas trop d'espoir. Il y a des fois, j'ai de l'espoir. Ça dépend des jours.

C'est cohérent avec le titre de la chanson, “Petit garçon”. Avec la pochette également. j'imagine que c'est une photo de toi enfant. [il acquiesce] Et puis le côté petit diable également. C'est une chanson qui a plusieurs niveaux de lecture. En tant qu'homme blanc cisgenre de plus de 50 ans, globalement, j'ai échappé au pire dans la chanson.

[Surpris] Pourquoi tu dis ça ?

Tu aurais pu pousser plus loin, puisqu'il y a le privilège mâle, le privilège blanc, mais également, en tant qu'homme blanc cisgenre de plus de 50 ans, j'ai tous les torts.

Tous les torts ? Non, non. C'est très important à dire : je ne pense pas qu'il y ait des torts. Je ne suis pas coupable d'être un homme ou d'être blanc, mais à l'inverse, je n'en tire aucune gloire non plus. Je suis très content d'être ce que je suis, mais je ne me flagelle pas du tout d'être ce que je suis non plus. C'est juste que je m'interroge sur le fait que pourquoi, alors que je n'ai pas choisi ça, j'en tire des privilèges là où des gens qui, comme moi, n'ont pas choisi d'être ce qu'ils sont, ont des expériences de vie beaucoup plus difficiles. Par exemple, je discutais avec un pote il n'y a pas très longtemps. On était ensemble dans la voiture et on s'est fait arrêter par les flics. Une fois le contrôle terminé, je lui ai demandé s’il se faisait souvent arrêter par les flics. “Oui, toutes les deux semaines”. Et à côté, dans la voiture, il y avait un autre pote à nous qui est tout aussi blanc que moi qui répond, “Moi, ça ne m'est jamais arrivé de ma vie”.

Ce sont des questions comme ça qui sont intéressantes à poser, à réfléchir. Mais encore une fois, je n'en tire vraiment aucune gloire et je n'en suis pas du tout coupable non plus. C'est juste comme ça. Et autre chose aussi à dire là-dessus sur cette chanson, parce que ça, c'est aussi un truc qui n’a souvent pas été compris par les gens qui ne réfléchissent pas beaucoup, c'est qu'à aucun moment, je ne dis que d'être blanc et d'être un homme, ça rend la vie facile. Je n'ai jamais dit ça non plus. Je dis juste que ça facilite certains points, mais ça n'empêche pas de souffrir aussi énormément sur plein d'aspects. Les choses ne sont ni blanches ni noires.

C’est le cas de le dire ! [rires]

Elles ne sont pas binaires. C’est ce que je voulais dire.

Tu as déposé 60 titres à la Sacem, dont plus d’une trentaine de musiques seules. Est-ce qu’il s’agit de titres dont tu n’as pas encore écrit les paroles ?

[surpris] Où est-ce que tu as chopé ces infos ?!? [rires]

C’est public. C’est totalement public.

Soit ce sont des vieilles chansons que j'ai faites moi comme ça, qui ne sont jamais sorties, soit ce sont des chansons qui ne sont pas encore sorties et qui sortiront bientôt.

La plupart ont des titres en anglais. Quand tu composes, est-ce que tu chantes en yaourt avec un titre anglophone, tout en sachant que maintenant tu écris en français... ?

Pendant longtemps, j'ai écrit en anglais. Je déposais des maquettes un peu pourries, pour la ligne de chant, sans savoir comment ça évoluerait par la suite, en anglais ou en français.

Pour revenir sur cette évolution, à quel moment tu t'es dit : “je vais écrire en français” ? Parce que c'est généralement un point de bascule assez important pour un artiste francophone de se ”cacher” derrière l'anglais et puis, à partir du moment où on écrit en français, on se retrouve à poil.

Depuis vraiment tout gamin, j'écoute des grands auteurs français, notamment dans le rock, comme Bashung, dont je connais tout par cœur, et d'autres, comme Higelin, dont tu parlais tout à l’heure. J'ai énormément écouté des gens qui écrivent vraiment très bien. Et il y avait le fait de se cacher derrière l'anglais, parce que c'est plus facile à faire sonner, parce que le rock vient de là, mais en même temps, j'ai toujours énormément écouté de rock français. Je ne sais pas si à un moment, ça s'est imposé à moi. Je me suis dit, “Tentons”. On verra si c’est bien fait, mais en tout cas, je vais faire du mieux possible. En espérant m’améliorer.

Les réseaux sociaux sont comme un autre instrument de musique à maîtriser.

Tu maîtrises parfaitement les réseaux sociaux, notamment TikTok qui est le réseau où tu es le plus suivi. Cette mise en avant de ton travail à travers l’image a-t-elle été une évidence, ou as-tu dû te faire violence pour adopter des codes, qui ne sont pas nécessairement les tiens ?

C'est une très bonne question. J'ai dû me faire violence. Au début, je ne comprenais pas. Je n'aimais pas trop, je ne m’y retrouvais pas. Et puis en fait, je me suis dit qu'il fallait voir les choses d'une autre façon. Je me suis dit que premièrement, si je ne savais pas faire, c'était comme tout. J'ai vu ça comme un autre instrument de musique à maîtriser. C'est comme la guitare : il faut y passer du temps et faire des erreurs et faire des trucs nuls. Mal jouer de la guitare pour un jour, si on persiste, savoir bien jouer de la guitare. C'est exactement la même chose avec les réseaux sociaux. C'est un pan de la musique. Très clairement, c'est quelque chose qui va me servir à développer ma musique. Il y a beaucoup de gens qui découvrent ma musique via les réseaux sociaux et les différents contenus que je peux faire sur mes musiques, mais aussi d’autres types de contenus, comme “La danse des canards” récemment, où je me suis dit, “Il faut que j'en fasse. Il faut que j'échoue. Il faut que ce soit nul ce que je fasse, mais il faut que j'apprenne.” Ça, c'est le premier plan.

Le deuxième plan, le plus important, c'est que je me suis dit que si je m'amusais pas en faisant ça, j'y arriverais pas. Et donc, il faut que j'arrive à trouver de la joie à faire ça. Et il n'y a rien de plus puissant que la joie dans la vie. Travaillons ça et surtout, trouvons du plaisir à faire ça. Il faut vraiment que je m'amuse, il faut vraiment que j'arrive à partager avec les gens. Au début, c'est avec les quelques personnes qui me suivent et tu reçois des encouragements, et ça fait plaisir. Tu progresses, tu fais de mieux en mieux les trucs. Le son est de mieux en mieux, les vidéos sont de mieux en mieux. Tu comprends un peu plus les tenants, les aboutissants de comment ça fonctionne et puis voilà, tu progresses. Mais le secret, c'est de faire ça dans la bonne humeur. Toujours de s'amuser. Parce qu'après tout, c'est quand même cool. Mais par contre, c'est un boulot. C'est un vrai boulot. Ça prend un temps de malade. Parce que parfois, pour 10 secondes de vidéo, ça me prend facilement une heure. Ça dépend des vidéos. Parfois, ça peut me prendre 15 secondes de vidéo, le temps de tourner et de la poster. Mais parfois, ça me prend des heures, parfois bien plus.

Pour la petite anecdote, en fait, cette interview m'a bien servi. Je travaille dans le marketing digital depuis 17 ans. J'aide les entreprises à être présentes sur Internet et je donne également des cours à des étudiants en Master. Et demain, j'enseigne une journée complète sur les réseaux sociaux. J'ai totalement refait mon cours parce qu’il était totalement obsolète. Le plus important, dans les réseaux sociaux, c'est le storytelling, évidemment. Qu'est-ce que tu veux transmettre comme message ? Sur TikTok, tu as cinq secondes pour convaincre. Je trouve très impressionnant ce que tu fais avec les effets d'image et le choix des morceaux de chansons, juste pour donner envie aux gens de découvrir la suite. Donc, tu es un très bon storyteller et un très bon teaser.

Merci. Mais tu vois, il y a aussi tout un pan d'apprentissage où il faut regarder les choses froidement et se dire “OK, comment je peux améliorer mon truc alors, que je viens d'y passer des jours et des jours à faire ma petite vidéo, que moi, je la trouve super” ? Pourquoi ça marche pas ? Pourquoi les gens n'interagissent pas avec ? Pourquoi ça prend pas ? Il faut avoir le regard suffisamment froid pour s'auto critiquer ou écouter les critiques des autres. C'est ça qui fait progresser.

Est-ce que tu peux me raconter deux anecdotes concernant tes interactions avec tes followers sur les réseaux sociaux ? Une positive, et une négative ?

Des positifs, j'en ai plein qui me viennent. Quand je reçois des messages vocaux d'enfants qui chantent mes chansons, ou des vidéos, ils ont 10 ans, et ils chantent “On attend”. Franchement, c'est génial. Ça me fait vraiment chaud au cœur. C'est vraiment très, très important pour moi. Les gens ne se doutent pas à quel point ça fait du bien, à quel point ça donne de la force. Sur les réseaux sociaux, il y a toujours énormément de méchanceté. J'ai la chance de pas être très actif sur Twitter, où j'ai l'impression que ça se concentre pas mal là-bas. Sur “Les plus bornés”, j'ai fait un clip qui reprend le tableau de Delacroix, “La liberté guidant le peuple”. Le tableau est magnifique. On l’a refait en vrai, et pour représenter la France dans toute sa diversité, il y a un peu des gens de toutes les couleurs, de toutes les origines. Notamment, Marianne est noire. Et je trouve ça super beau. Il y a eu des gens qui sont venus commenter en disant “Pourquoi ? C'est pas normal que Marianne soit noire !” Parfois je prends le temps de répondre, par exemple que cette Marianne est tout autant française que eux ou moi, et qu’elle représente très bien le tableau. Parfois, ça me passe au-dessus. Des gens pas très intéressants comme ça, il y en a plein. Des gens méchants qui insultent, il y en a plein. Soit je bloque, soit ça me touche pas. J'ai pas de temps à perdre avec ça.

En mars 2022, tu sors ton premier single en français, "Les plus bornés". C’est une chanson engagée qui critique les abus du pouvoir en place, les inégalités sociales et la manipulation médiatique. Est-ce que ton entourage a essayé de te dissuader de sortir ce titre en tant que premier single ? C'est quand même osé de revendiquer ta première chanson en français avec un titre aussi puissant !

Me dissuader, non, parce que c'est un peu fort comme terme. Mais c'est vrai qu'il y avait des gens de mon entourage qui m'ont dit, “T'es vraiment sûr de sortir ça, en première chanson ?” Surtout avec un clip comme ça. De faire quelque chose d'aussi clivant. Mais comme je te disais tout à l'heure, en fait, ouais, je m'en fous. Cette chanson, c'est moi. C'est moi. J'ai mis tout ce que j'avais dedans. Je ne l'ai pas fait tout seul. Il y avait Mathieu Hellot à la batterie. Greg [Gregory Jeanmaire] et Thierry [Eliez] ont ajouté un quatuor à cordes et un solo de violon. Mais tout le reste, c'est moi. J'aime trop cette chanson. Si ça ne plaît pas, ce n'est pas grave.

Tu co-réalises le clip avec Loïs Eme. Est-ce que c’était une première pour toi ?

J'avais déjà fait des clips avec lui. Quand on développe son projet musical, qu'on n'a pas de sous, qu'on fait les choses comme ça, c'est un peu du bricolage, on fait comme on peut. On est un peu à tous les postes de création d'un clip. Comme pour la musique où on a un peu toutes les casquettes. Pour celui-là, on avait un peu plus de moyens. L'idée de base est venue de moi. J'ai contacté Loïs et je lui ai raconté mon idée. C'est assez simple. Par contre, à réaliser, c'est une autre paire de manches ! On a écrit ensemble tous les symboles : le fait qu'il y ait un pompier, les gilets jaunes… On l'a réalisé à deux.

En février 2023, une version longue (3:17) ainsi qu’une version acoustique (2:33) sortent sur les plateformes. Est-ce que c’était pour donner une nouvelle vie à ce titre, pour lui donner un nouvel éclairage à travers des arrangements différents ? Personnellement, j'adore la version acoustique, c'est ma préférée des trois.

Je crois qu'en février 2023, il y avait pas mal de manifs. On allait sortir “Petit garçon” un mois après. “Les plus bornés” était sorti quasiment un an avant. On voulait relancer notre actualité avec une nouvelle version d'une chanson déjà sortie. On s'est dit qu'on pouvait faire quelque chose qui soit plus porté sur le texte, qu'on sente plus le côté “chanson française”. Un piano-voix, pour ça, c'est parfait. On a sorti ça à ce moment-là. Il se trouve que ça a eu une petite résonance dans l'actualité, mais ce n'était pas tellement fait exprès.

Typiquement, c'est le genre de chanson dont j'aime extraire la voix juste pour écouter le a cappella, tellement je trouve ça beau. Et je trouve d'ailleurs que depuis The Voice, tu as progressé de façon incroyable sur ta tessiture. Tu chantes sur trois octaves ? Peut-être un peu plus si tu pousses ? Tu as pris des cours de chant ? Je change de sujet, mais je trouve que tu as vraiment développé ta capacité vocale.

Découvrez la deuxième partie de "Léman émerveille : Plongée dans l'univers d'un artiste aux multiples reflets"